Nouvelles frontières

Quand une série a lieu dans l'espace, on a le choix entre 3 choses. A la vue des différentes possibilités pour cette nouvelle série, on avait le choix entre un autre vaisseau spatial, une station spatiale ou une colonie sur une autre planète. Pendant un moment, on a considéré l'idée de la colonie. On avait même fait quelques dessins pour voir ce que ça donnerait. On avait pensé à une ville-frontière. Après "Wagon Train", on a voulu faire "La police des plaines". On a donc réfléchi à la façon dont on s'y prendrait. On a finalement rejeté cette idée. Il aurait fallu filmer en extérieur tous les jours. Tout s'était tellement bien passé dans l'espace contrôlé des studios que ça paraissait peu commode. Il aurait fallu tout construire. On est arrivés à la conclusion que les fans de "Star Trek" avaient envie de voir des trucs cool qui se passent dans l'espace. C'est ainsi qu'on s'est décidé pour la station spatiale.
 

 

 
 

 




"La Nouvelle Génération" et la série classique racontaient la découverte de nouvelles choses et de nouveaux peuples. "Deep Space Nine" raconte davantage la découverte de soi. On découvre de nouvelles choses mais sans changer de décor. Impossible pour Sisko de résoudre un problème, puis de disparaître sans avoir à revenir. Le problème pouvait continuer à les hanter, ce qui compliquait les choses.
 

 



Au début de "Deep Space Nine", certains estimaient que Gene n'approuverait pas la série. certains fans pensaient que nous nous étions éloignés de cette image paradisiaque du futur. Nous avions des conflits entre les peuples, la vie n'est pas toujours si belle. Mais je crois que Gene, étant par nature quelqu'un de créatif et de tourné vers l'avenir, savait que toute franchise doit avancer ou bien elle disparaît. Je crois qu'il comprendrait et aimerait ce que nous faisons. Nous sommes une sorte de poche dans l'univers de "Star Trek", et on essaie de l'agrandir. J'avais du mal croire que ça ne plairait pas à Gene.
 

 



Quand on commence une nouvelle série, le processus de mise en place des personnages de la série est long. Il nous a fallu longtemps pour trouver nos personnages. On commence par le personnage pivot, le personnage qui cimentera l'ensemble en quelque sorte. ce personnage, c'est Sisko bien sûr. L'ironie, c'est qu'au début de la série, pendant un an à peu près, on a eu plus de mal à définir le personnage de Sisko que les autres. Il nous a fallu une saison et demie pour arriver à la conclusion que Sisko est un bâtisseur, un homme qui va au bout de ses projets, contrairement au capitaine d'un vaisseau qui va d'un endroit à un autre.
 

 

 
 

 

Il était tout aussi important de trouver le personnage entrant dans la lignée de Spock et de Data, qui offre un regard extérieur sur l'humanité. C'est devenu Odo. Dans mon tout premier document, il s'appelait Otto. Rick a mis un "D" à la place des deux "T".

 


 

Il y avait deux personnages de "La Nouvelle génération" qu'on voulait. On voulait récupérer O'Brien. On aimait beaucoup Colm Meaney et pensait qu'O'Brien pourrait évoluer dans une nouvelle série. Le transfert de personnages fait partie de notre stratégie. Nous voulions également récupérer l'enseigne Ro, la Bajorane devenue populaire sur "La Nouvelle Génération". Finalement, ça ne s'est pas fait car Michelle Forbes ne voulait pas faire de série à l'époque. Mais ça a donné le personnage de Kira. Kira, d'une certaine façon, nous a facilité les choses parce que ça voulait dire que notre capitaine de la Fédération se trouvait associé à un uniforme différent, avec des priorités différentes. ce qui crée des conflits.

 

 
 
 

 

Puis, on a voulu faire une chose qui arrive rarement sur "Star Trek". Un personnage imparfait. Le pied-tendre d'une ville de western, quelqu'un qui a envie d'aventure, mais qui n'est prêt pour ça. C'est notre Dr Bashir. On a vu tout le potentiel d'un personnage qui devient peu à peu un héros. Et puis bien sûr, on a notre Trill. Ça a été très intéressant. On parcourt toute l'histoire de "Star Trek" en se disant : "Voici une race intéressante. On devrait prendre celle-ci, celle-là." On les met ensemble pour obtenir un mélange intéressant. La Trill nous paraissait être une bonne idée à l'époque. Ça a été le personnage le plus difficile à définir. On a pensé que Jadzia Dax serait cette femme sublime, une sorte de déesse à la Grace Kelly, à la Audrey Hepburn. C'est Ira Behr qui a trouvé dans la deuxième saison, en faisant d'elle une petite maligne, qui a toujours le mot pour rire.

 

 
 

 

Et il y a le personnage fauteur de troubles sur la station spatiale. L'un de nos préférés. Il y a un vieux film d'Errol Flynn qui s'appelle "Les conquérants". J'ai toujours beaucoup aimé ce film et je m'en suis un peu inspiré pour ce personnage. Errol Flynn vient faire le nettoyage à Dodge City et se retrouve face au patron du bar, le méchant qu'on aime bien. ce méchant plus Humphrey Bogart, ça donne Quark.

 

 

 





Je sais que Michael avait tout un tas de westerns en tête quand lui et Rick ont imaginé la série. Il voulait faire un western, c'était très conscient de sa part. On avait le médecin de campagne, le patron de bar, le shérif, le maire. Tout était là. L'homme ordinaire, Miles O'Brien et Kira, l'indienne, d'une certaine façon. Elle a endossé le rôle de l'indigène gardienne du patrimoine local, mais sous la tutelle d'un autre peuple.
 

 


Quand on regarde la 1 ère saison de "Deep Space Nine", on voit que notre intention, c'est de raconter des histoires qui attireront les fans de "La Nouvelle Génération". En créant une station spatiale au carrefour de l'univers, on pouvait facilement justifier le retour de vieilles connaissances d'anciens épisodes. Leur vaisseau pouvait très bien passer par là. Un très bon moyen d'attirer les amateurs de "Star Trek". Pour la 2 ème saison, on voulait voler de nos propres ailes et on n'était pas entièrement satisfaits. Quand on s'est mis à faire des épisodes sur notre station uniques en leur genre, c'est là que la série est vraiment devenue quelque chose. Quand on regarde la 2 ème saison de "Deep Space Nine", je la mettrais sur le même plan que n'importe quelle saison dans l'histoire de "Star Trek".
 

 


La plupart des séries ont un début difficile. La télé, c'est dur. C'est dur de bien cerner les personnages et de savoir ce que l'on fait. On apprend au fur et à mesure. On est obligé. On faisait 26 épisodes par an.
 

 


Quand on dispose d'un groupe merveilleux d'acteurs, on apprend à écrire pour eux pendant la 1 ère saison. Ça a été pareil pour "Deep Space Nine". Mieux on connaissait nos acteurs, plus on apprenait.
 

 


A la deuxième saison, on a été plus cohérents. On s'est mis à viser juste de plus en plus souvent. On a introduit l'idée du Dominion, pour mieux faire comprendre les Prophètes et Bajor. C'est devenu une série plus forte.
 

 




On a certains avantages par rapport aux autres séries "Star Trek". On a une base d'opérations qui ne voyage pas dans l'espace, à savoir la station. A chaque épisode, il se crée des répercussions qui restent. On ne disparaît pas dans l'inconnu après une aventure. On est ici chez nous. Chaque chose entraîne des conséquences. On peut fabriquer cette mosaïque de vie dans le futur que je trouve très efficace. Quand on regarde "Deep Space Nine", on ne sait pas ce que ce sera.
 

 

La grande force de "Deep Space Nine", c'est Ira. cette série n'aurait pas été ce qu'elle est si Ira Behr n'avait pas accepté de m'aider à monter la série. Dès le départ, je lui ai dit que ce serait quelque chose de différent. Que la nouvelle série aurait un regard sur l'espace et la Fédération tout à fait inédit dans "Star Trek". Dans "La Nouvelle Génération", on bouge tout le temps. On ne reste jamais assez longtemps pour vraiment connaître quelqu'un. Il s'agit ici d'une série où semaine après semaine, chacun est obligé de rester. Chaque épisode parle de gens qui doivent apprendre que chacun de leurs actes a des conséquences. Ils doivent vivre avec ces conséquences au quotidien. Ira a beaucoup aimé le conflit qui servait de cadre à la série et y a vu un grand potentiel. Finalement, c'est Ira que je remercie pour avoir eu cette vision et y être resté fidèle durant sept saisons pour faire de "Deep Space Nine" la série qu'elle est devenue.
 

 




Au départ, et on était tous d'accord, "Deep Space Nine" était annoncée comme étant la plus sombre des séries "Star Trek". Et c'était bien l'intention de départ. Mais au fur et à mesure des saisons, on s'est aperçus que la vraie particularité de "Deep Space Nine", c'est que c'est sans doute la plus humaine des séries "Star Trek", même si elle compte le plus grand nombre d'extraterrestres.
 

 


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Deep Space 9 Saison 2