Le dossier de l'équipage Odo






Odo fut initialement envisagé comme une sorte de jeune John Wayne, comme un shérif.
 

 




On m'avait dit six mois avant le début de la série qu'Odo serait dans le genre Clint Eastwood. Quand on a commencé à réaliser les premiers épisodes, on a demandé aux scénaristes de nous faire un Clint Eastwood. Et puis, on m'a dit que Rene Auberjonois avait le rôle. Et je leur ai alors dit : "Clint Eastwood, Rene Auberjonois... ça ne colle pas." Et puis, j'ai vu ce qu'il apportait au rôle, et j'ai dû appeler les scénaristes en disant: "Excusez-moi, c'est encore mieux que tout ce qu'on a imaginé." Il peut exprimer plus avec ses yeux que la plupart des acteurs avec 12 pages de dialogue.
 

 





J'avais deux enfants à l'université et j'avais vraiment besoin de fonds et ils m'ont fait attendre et attendre. Quand ce fut mon tour d'auditionner, le directeur du casting m'a conduit jusqu'à la porte et s'est retourné en me disant : "Personne n'a été assez grincheux." C'était comme un message codé. Ils étaient tous assis autour d'une grande table. C'était comme l'Inquisition.
 

 

J'ai posé le scénario sur la table et... la première réplique que j'ai dite était destinée à Quark. J'ai oublié ce que c'était. "Vous mentez !" C'est sorti comme ça. C'est quelque chose que l'on ressent en tant qu'acteur, quand on met dans le mille, quand on a l'attention des gens dans la salle. Je sentais qu'ils étaient toUS...
 

 

 
 
ce qui m'a plu dans le personnage d'Odo, c'est qu'il ne savait pas d'où il venait ou s'il y avait d'autres gens comme lui, et c'était un métamorphe, c'est un merveilleux... parallèle avec le métier d'acteur.

 

 
 
Quand on le voit au tout début, c'est le constable de la station. On apprend son histoire, comment il a été trouvé et éduqué, ce qui lui est arrivé et comment il s'est fait enrôler par les Cardassiens pour devenir constable. Ensuite, pendant sept ans, on le voit devenir presque plus humain que n'importe quel autre personnage de la série. Il est incroyablement passionné, il est drôle sans le vouloir. C'est un personnage qui ne semble pas avoir d'humour et ce sont souvent ceux-là les plus drôles. Il part à la recherche de sa famille. C'est un orphelin au début. Puis, il découvre qui sont ses vrais parents, sa vraie famille, mais ce faisant, comme pour beaucoup d'orphelins, il découvre que le monde qui a pris soin de lui, la station, la Fédération, les officiers, les gens de la station, même Quark, ces personnes sont sa vraie famille. C'est très poignant. C'est un joli développement pour un personnage.

 

 
 
Les fans voulaient savoir quand on allait découvrir l'origine d'Odo. Je leur disais: "Jamais, j'espère, car ce jour-là, c'est la fin de ce personnage."

 




On a da le prendre à part pour lui dire : "Tu sais, ça ajouterait un aspect intéressant au personnage d'Odo." Etant un vrai pro, il a caché sa consternation, même si j'ai quand même perçu les ondes qu'il dégageait, mais il a bien réagi. Et il n'a pas... poussé un hurlement: "Non, je ne le ferai pas ! Non, non et non !" Ça S'est révélé être vraiment utile. J'ai su qu'il allait retourner parmi les siens à la fin de la série.
 

 

 
 

 



Michael Piller et Ira Behr, avant le début de la saison, m'avaient dit : "On va découvrir les origines d'Odo." J'ai répondu : "Mon Dieu, je déteste cette idée." Mais ils ont mis le personnage devant un problème à résoudre, c'est une des choses qui fait avancer le plus un acteur, et puis une fois le problème résolu, on se dit : "Et maintenant ?" Mais dans la solution, ils posaient toujours un autre problème. Alors, on apprend d'où vient Odo, qui est son peuple, mais il faut alors résoudre le dilemme : repart-il avec eux ou reste-t-il avec ceux qu'il finira par découvrir sont sa vraie famille?
 

 

 
 

 

 
 
 
Jonathan Frakes a réalisé "La quête" et on parlait du métier de réalisateur. Il m'a dit : "II faut t'y mettre. Tu serais fou de ne pas saisir cette chance car c'est un des rares endroits où, quand ils te laissent la chaise du réalisateur, ils te donnent une vraie formation." Comme disait Jonathan, c'est une école de cinéma gratuite. "Star Trek" est filmé de façon très classique et je crois fermement qu'il faille apprendre les règles avant de pouvoir les enfreindre. Alors je suis allé voir Rick. Il m'a demandé si j'étais prêt. Et je lui ai répondu : "Pas encore, boss." Quelques jours plus tard, il m'a appelé et m'a dit : "C'est l'heure. Tu te lances." Ils m'ont envoyé le premier scénario et ils m'ont jeté à l'eau. C'était super.

 

Le premier épisode que j'ai réalisé est "Le plan des Prophètes". J'ai eu la trouille. J'ai vraiment eu la trouille. Mais en fait, le tout premier, c'est la lune de miel. Tout le monde vous explique tout. Ils prennent soin de vous. ce n'est qu'à partir du troisième que je me suis retrouvé tout seul et que je me suis rendu compte que je ne maîtrisais pas encore tout. Je me souviens être allé voir Rick après et de lui avoir dit : "Je ne devrais peut-être pas faire ça." Il m'a dit : "Arrête ton cirque". C'était juste un tout. Il ne l'a pas pris comme un échec, mais j'ai compris que je n'étais pas immortel en tant que réalisateur. Mais l'épisode que j'ai fait ensuite, était "La peste" l'une de mes plus belles réussites en tant que réalisateur, je crois. Alors vous savez... Comme toujours, les acteurs et l'équipe ont été d'un grand soutien. Mais, au bout d'un moment, ça vient de soi pour eux : "C'est vous le réalisateur, alors débrouillez-vous."
 

 

 
 
Quand j'ai commencé "Star Trek", je me souviens avoir dit à ma femme Judith: "Au moins ma nécrologie dans "The New York Times" ne dira pas : "Dont on se souviendra surtout pour son rôle dans Benson"." Le personnage d'Odo est vraiment très riche, complexe et fascinant, et j'ai eu la chance de l'incarner pendant sept ans. Et de faire partie du monde extraordinaire créé par Gene Roddenberry et perpétué par Rick Berman. Je me sens tellement privilégié et... je suis vraiment heureux... J'adore le fait que ce ne soit pas mon vrai visage, que moi, Rene Auberjonois, l'acteur, je me cache derrière ça pour faire sortir de mon instrument cette formidable musique qui va perdurer pendant des décennies et des décennies pour que le public puisse l'apprécier. C'est un grand cadeau.

 


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Deep Space 9 Saison 3