Epreuves et tribulations : une entreprise historique



C'est une histoire qui renvoie à une autre histoire célèbre. Pour Voyager, c'est une histoire qui s'est passée dans Star Trek VI. On est revenus 30 ans en arrière, à la série originale. On a développé une histoire qui tient debout et qui rejoint l'autre histoire de temps en temps. Dans ce cas-lè, on se trouve dans ce qui semble être leurs décors, des décors qu'on a construits, ou avec des gens qu'on a ajoutés. C'était une charmante idée qui semblait être le moyen naturel et parfait pour les acteurs et l'équipe de Deep Space Nine de saluer les acteurs et l'équipe d'origine.
 

 




Quand on a construit les décors et mis le pied sur l'Enterprise, c'était plutôt sympa. Comme ce 1er plan, quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent et que Sisko et Dax pénètrent dans la coursive, parmi ces gens avec les vieux uniformes et l'éclairage. Ça ressemblait à un vieil épisode oublié de Star Trek. D'un point de vue technique, ça avait l'air cool. "Ah, les génies du temps et de l'espace. C'est un bon moyen de gagner sa vie."
 

 

 
 

 



Je venais de faire un long métrage quand je suis revenu à la série télé juste à temps pour voir les premières ébauches faites à partir du seul plan de niveau qu'il y avait à Paramount. Je m'en souviens, car j'étais un fan de la série originale quand je travaillais comme directeur artistique à NBC à Burbank. J'ai vu qu'ils travaillaient à partir d'un plan qui n'avait pas d'échelle. En mesurant, on se serait aperçu que les coursives faisaient 2,5 m de large. Les coursives de l'Enterprise faisaient 3,5 mètres de large. Si je n'étais pas revenu à ce moment-là, l'épisode aurait eu l'air d'avoir été réalisé sur une échelle aux 3/4.
 

 

 
 

 



On s'est beaucoup demandé comment aborder les scènes originales. Ira Behr et les autres scénaristes se souvenaient de l'épisode, comme la plupart d'entre nous. Ils se souvenaient qu'il était décoloré, d'autres qu'il était en noir et blanc. J'ai pu avoir accès au négatif d'origine et j'ai vu qu'il y avait là un trésor d'informations, une profondeur dans les plans qui n'avait jamais été rendue à l'écran. A la base, la plupart du public avait vu ce qu'on appelle un télécinéma. On mettait le film sur un projecteur et on le projetait sur une caméra vidéo. La qualité était variable. Elle changeait d'une chaine à l'autre. certains marchés avaient du film 35 mm, d'autres du 16 mm. On a eu la chance de montrer à quoi il ressemblait vraiment quand les producteurs, le réalisateur et les acteurs regardaient les épisodes quotidiens projetés en 35 mm. On pouvait voir tous les détails, même le maquillage de Spock, car en fait, Spock était vert. On n'avait jamais pu le voir avant. Le négatif original était en parfait état et on a pu en faire une copie. Les séquences étaient merveilleuses. C'était comme si on le redécouvrait.
 

 

 
 
 

 


Le montage des scènes

On s'est d'abord demandé si c'était économiquement viable. Au début, je pensais que non. On a décidé de demander aux gars des effets spéciaux. Ils étaient tout excités et m'ont dit : "On peut le faire. On va te montrer." Ils sont venus nous voir en disant : "On va vous montrer ce qu'on sait faire." On a regardé une scène de "Tribulations". Kirk sort de l'ascenseur, contourne la rambarde. C'est une seule et même prise de we. Il va pour s'asseoir et s'assoit sur un Tribule. Il se relève, regarde autour de lui, et la scène finit. On se dit: "Ouais, bon, c'est "Tribulations", et alors ?" Gary, tout sourire, nous dit : "Vous n'avez rien remarqué ?" Il rembobine la cassette. Quand Kirk sort de l'ascenseur, il montre un type en chemise rouge et dit : "II fait partie de mon équipe". On était littéralement époustouflés. Un type en uniforme de sécurité saluait Kirk qui sortait de l'ascenseur. C'était si homogène qu'on n'aurait jamais dit qu'il ne faisait pas partie du plateau. C'est à ce moment qu'on s'est dit : "On peut faire cet épisode". A partir de ce moment-là, on a foncé tête baissée. On savait qu'on surmonterait tous les obstacles.
 

 

 
 

 

 
 
On a fait venir une partie de la coursive qui apparaît dans une des scènes pour pouvoir prendre des photos et transposer nos personnages derrière Kirk et Spock, quand Kirk se dirige vers un panneau de contrôle et parle à quelqu'un. On voulait que nos acteurs travaillent sur un panneau en arrière-plan. Il n'y avait pas de panneau. Au lieu de les filmer sur fond bleu, on a fait venir le décor et on a filmé le mur avec eux devant et projeté le tout dans la scène pour que ça corresponde au plan panoramique de l'entrée de Kirk.

 

 
 
ce qui nous a aidés, les acteurs n'étant pas là, c'est de voir les extraits, car on peut voir ce qu'ils font. On sait ainsi comment réagir. C'est bien plus facile que d'attendre que quelqu'un se fasse maquiller sans savoir comment réagir et de faire un gros plan sans lui. C'est bien plus facile. On voit ce qu'ils font.

 

Le travail avec les fonds bleus et verts était très compliqué. D'habitude, on se sert d'un cache pour mettre quelqu'un au premier plan et d'un effet optique pour l'arrière-plan. On imprime cette personne sur l'arrière-plan, que ce soit par effet optique ou grâce à un mur miniature. D'habitude, on filme sur fond bleu pendant une demi-joumée. Pour filmer tous ces éléments, il a fallu filmer sur fond bleu pendant cinq ou six jours. L'échelle était bien plus grande. Et c'est un travail très minutieux. Les acteurs devaient faire leurs gros plans et les relier aux plans moyens avec beaucoup de précision. Il fallait les assembler au film original. C'était très compliqué pour les acteurs. Dans une des scènes, Terry Farrell, Dax, est sur la passerelle derrière Kirk. Elle doit passer derrière lui, faire une pause, se cacher pour ne pas attirer son attention, se retourner pendant qu'il a le dos tourné, et continuer à descendre les marches sans se faire remarquer. La synchronisation de cette scène a été très astreignante. La pauvre Terry est sur un plateau en fond vert sur un fond vert sans pouvoir se repérer dans la scène, et il y a un trépied avec des indications : "Kirk est en position 1. "II va aller là-bas". L'image bouge, alors la position de Kirk bouge. Elle doit penser à mettre son tricordeur sur l'épaule, à commencer à marcher, à regarder la position 1, à descendre une marche, à regarder la position 2 et à partir. Et elle doit faire ça en ayant l'air naturel. On a fait 12 prises. Terry a monté et descendu beaucoup de marches. Elle a été formidable. Elle a joué le jeu tout le long. Une des prises était parfaite, elle s'intègre à merveille. Tous les acteurs ont dû faire avec. C'était difficile pour eux tous.
 

 

 
 
 

 


Le nouvel Enterprise



Heureusement, beaucoup de gens connaissaient bien le vaisseau d'origine. L'original, qui est au Smithsonian Institute, a été remis à neuf, alors certains détails ont été légèrement modifiés. On voulait qu'il corresponde à l'époque de façon authentique. On savait qu'il serait étudié de près. On a alors travaillé à partir des dessins de Matt Jefferies pour s'assurer que tout avait l'air aussi authentique que possible. On a fait des plans de construction spécialement pour cette maquette. On doit ça à Greg Jein. Greg a organisé tout ça avec la coopération de Mike Okuda et de Doug Drexler, qui est spécialiste de la série originale.
 

 

 
 

 

 
 

 

 
 
C'était une idée géniale. On croyait qu'elle ne se réaliserait pas, mais à tort. On a commencé à recevoir les pages du scénario. "II va falloir construire tout ça !" Il ne reste plus rien. Le public croit qu'on a ressorti les décors, mais tout a été refait. Il a fallu regarder l'épisode, étudier chaque image... On était tous des fans de la série originale, alors la reconstitution de ces décors a été une superbe expérience.

 




On est très satisfaits d'avoir pu recréer toute la passerelle, ses véritables formes, couleurs et motifs. Il y avait du papier avec des formes ondulées dans le haut du couloir. On n'a pas pu retrouver la société qui l'avait fabriqué à l'origine. Je l'ai recréé sur l'ordinateur. C'est une image créée par ordinateur qui simule une chose qui n'existe plus.
 

 

 
 

 

 
 
A l'origine, la plupart des boutons étaient des bonbons gélifiés, des bonbons colorés qui ressemblaient à de la résine moulée. C'est ce qu'on a utilisé pour les boutons lumineux.

 

 
 
L'équipe de construction était super. La veille, les décors... On mettait de l'adhésif là où on voulait les décors et le lendemain matin, les murs étaient montés. Après avoir passé tant d'heures et fait tant d'efforts... En fait, on n'a pas eu tant de temps que ça. On a peut-être eu dix jours pour tout préparer et pour deviner les couleurs et la nature des revêtements. On a dû adoucir l'angle de la console pour qu'elle accroche la lumière, sinon elle n'aurait pas ressemblé à celle de la série originale. Pareil pour les installations, les accessoires et les costumes.

 




Il ne fallait pas allumer les lumières de nos tricordeurs, car les tricordeurs d'origine n'en avaient pas. Parfois, ils sont allés un peu trop loin et ont donné au vaisseau un look trop... perfectionné. La série n'avait pas assez d'argent à l'époque. Les chaises ne pivotent même pas. Les chaises de l'Ops pivotent. Sur le plateau d'origine, les chaises ne pivotent pas.
 

 

 
 
 

 





Les fans savent bien à quoi ces trucs-là ressemblent. Si ça n'accroche pas la lumière comme il faut, si l'équipement n'est pas le bon, ils le verront et se sentiront insultés. Si on néglige quelque chose, c'est parce que... on ne s'y intéresse pas assez. Mais on a vraiment mis dans le mille.
 

 

 
 
On a donné un coup de jeune à l'épisode sans ajouter quoi que ce soit. On a eu la chance, non pas de modifier l'aspect du vaisseau, mais de donner un coup de jeune è son aspect visuel et de lui donner un c6té un peu plus moderne. Pendant que je disais ça, Ira me disait : "II faut qu'il soit exactement conforme à l'original. "II faut qu'il soit exactement pareil que l'original."

 


La station Deep Space K-7

On ignorait beaucoup de choses w que l'original avait disparu. On n'avait pas de plans d'origine et très peu de photos. Pour l'Enterprise, on avait des photos, des clichés publicitaires, des images prises lors de la séance photo. Mais pour K-7, on n'avait rien. On avait un cliché publicitaire. Alors j'ai dû faire des agrandissements vidéo et des photos du négatif d'origine et m'en servir pour obtenir autant d'informations que possible. Mais il y avait des éléments de la station qu'on ignorait. On voyait une inscription sur le dôme, mais les lumières étaient allumées. Il était donc impossible de la lire. J'ai dit à Greg : "II y a quelque chose en haut." Il m'a appelé pour me dire : "Je sais, ça dit 'K-7'." J'ai répondu que ça ne ressemblait pas è un K et à un 7. Et il a dit : "Ça ressemblera è un K et à un 7". Je n'en étais pas sûr. Alors je suis allé voir la maquette et voilà qu'il y avait "K-7" écrit dessus. J'ai dit que ça ne ressemblait pas à ça. Alors il a allumé les lumières et ça correspondait à l'original. Les lumières avaient en partie recouvert l'inscription. En calculant ces choses et en étudiant tous ces détails, il avait réussi à recréer cette image.
 

 

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 
 
C'était un effort considérable. Cette énergie pourrait éclairer une ville, vu l'énergie déployée par ces gens pour réaliser cette série. Et la passion. C'était une passion absolue. Le nombre d'heures investies était incroyable. Et ce besoin de faire mouche. Ça devait être parfait. Sur le plateau, on avait l'impression d'avoir voyagé dans le temps et on s'attendait à voir William Shatner ou Leonard Nimoy ou encore DeForest Kelley présents à nos côtés. Ça a été une leçon d'humilité, vraiment.

 


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Deep Space 9 Saison 5