Derrière la caméra avec Marvin Rush

Enterprise
saison 3
Bonus

Derrière la caméra avec Marvin Rush

 




Salut. Je m'appelle Marvin Rush et je suis le directeur de la photographie de Star Trek: Enterprise. Je travaille pour Star Trek depuis, si je me souviens bien, environ 16 ans. J'ai travaillé sur La Nouvelle Génération et Deep Space Nine, sur tous les épisodes de Voyager et maintenant d'Enterprise. Là, on tourne une scène dans le hangar des navettes, et, enfin, vous verrez.
 

 




Bon, on est donc dans le hangar des navettes. C'est un décor multifonctions. Quand on introduit des choses sur le vaisseau, trouvées dans l'espace, on les met ici. Et en principe, nos navettes sont garées ici. Vous pouvez voir le numéro sur le sol, là-bas. Peut-être pas. Regardez par là, vous verrez un 3 à l'envers. Et... C'est l'aire d'atterrissage d'une des navettes. En principe, il y a deux navettes dans cette pièce, garées de chaque côté de cette ligne. Mais comme on utilise l'espace pour quelque chose qu'on a introduit à bord, les navettes ne sont pas là.
 

 

 
 
Ce qu'on a ici, en gros, c'est une sonde extraterrestre, qu'on a introduite à bord, qui contient quelque chose d'inhabituel, et le... Le décorateur de plateau et le designer ont créé une créature très étrange qui a des diodes électroluminescentes. Venez, je vais vous montrer. C'est un amas de fibres optiques. A l'intérieur, cachées, il y a des lumières H.M.1. qui éclairent les fibres optiques et cette créature bizarre qu'on voit aussi à l'infirmerie. C'est un élément de décor assez original. C'est assez génial. Un tube permet à la chose de respirer. Voyons si on arrive à le voir. Regardez là-dedans. L'abdomen est censé respirer. Le voilà. Regardez. Vous voyez? Juste là, vous pouvez voir l'abdomen respirer. - Recule. - Je l'ai. .. Je sais, il faut que je...

 


En gros, on va maintenant éclairer le plateau. Il y a une scène où Scott arrive et où ils ouvrent la chose et regardent à l'intérieur pour la première fois. Ils ne savent pas ce qui se passe, ils ouvrent la chose, et il en sor! ce... Vous le voyez. Pour la première fois, le public voit ce qui est dedans, et on en apprend plus sur la créature au fur et à mesure. Le plan va démarrer ici. On sera sur le chariot. On va filmer Scott arriver et faire un panoramique, en montrant la créature, ou plutôt l'appareil. Ce qui se passe là-bas, c'est qu'une partie du matériel doit être évacuée. C'était dans le plan. Donc ils les déplacent pour qu'on ne les voie pas. En gros, quand on regarde une série, ce qui est à peine hors-champ, c'est-à-dire juste en dehors du cadre filmé, ce qui est à la limite du cadre visible, si on le voyait, ça gâcherait tout. On est donc en train de dégager tout ça pour que vous ne le voyiez pas.
 

 

Ça, c'est chouette. Je vous montre. Lui, c'est Will Thomas. Il travaille aux effets spéciaux. Ce truc ressemble à un silencieux. Et c'en est un, je crois.
- Rich, c'est un silencieux?
- Oui.
- Oui, c'est un ...
- Ça assourdit l'azote liquide.
Et là, on a une bouteille d'azote liquide. Et, Rich, c'est un ...
- C'est un solénoïde, non?
- Une imitation, oui.
- La valve s'ouvre à distance.
- Oui.
Et il Y a un by-pass, pour garder les tuyaux au frais jusqu'au signal. En gros... C'est une bouteille d'azote. C'est un peu comme une bouteille thermos, comme quand on est gosse et qu'on emmène du lait à l'école, pour le maintenir au frais. Elle est remplie d'azote liquide, et quand on ouvre la valve, l'azote est projeté ici, et l'azote liquide, c'est très froid. Ça refroidit l'air et la vapeur d'eau qui s'y trouve se condense pour former un nuage. Rich met tout en place pour que quand la porte s'ouvre de l'autre côté, cette nappe de brouillard se dégage. Il faut refroidir l'air, pour que la vapeur d'eau forme un nuage. Le plus simple, c'est d'utiliser de l'azote liquide. Il a donc imaginé un système de valves, et c'est ce qu'ils sont en train de faire, de tout organiser pour que quand ça s'ouvre, un gros nuage en sorte. Voilà, vous savez tout.
 

 







Salut, Dom.
M. Keating va se battre, cet après-midi.
Il est prêt.
 

 







Tonton, on l'appelle.
C'est un peu notre oncle.
Vous savez, très compétent et...
En fait, il est plus que compétent.
C'est un artiste.
 

 







Lui, c'est le réalisateur,
David Livingston. Le voilà. Salut, David.
Il n'aime pas être filmé. Dommage.
 

 




Cet appareil s'appelle le Hot Gears. En gros, c'est un appareil de commande à distance. On l'utilise tout le temps. Là, on l'utilise sur le chariot. Comme vous voyez, quand j'actionne ces manettes, ça fait bouger la caméra. En temps normal, il y aurait un cameraman sur le chariot, mais dans ce cas précis, on est contre le mur. Le plan est un panoramique assez rapide. Ce truc a plus de latitude de contrôle qu'une télécommande normale. Ça rend la tâche plus facile.
 

 




Lui, c'est mon cameraman, Doug Knapp. C'est le meilleur cameraman de tous les temps. Sans blagues, il est formidable. On filme des plans difficiles, et il sait tout faire. En gros, il va faire ce que je lui ai montré, mais en mieux. Je lui ai montré comment le plan devait être filmé, dans les grandes lignes, et il va le faire, de façon à ce que ça marche. Tu es prêt, Richard? Bon. Attendons que Mary sorte. Et... moteur. Joli.
 

 




C'est tellement mieux quand tu le fais, Doug. Moi, j'ai fait ça grossièrement, et toi, tu y as mis les formes. C'est magnifique. On a deux caméras. Celle que vous avez vue, qui est la caméra principale. Et celle-ci, notre caméra B. On va faire un gros plan de Scott. On va donc filmer Scott en gros plan simultanément.
 

 

 
 
Vous voyez Richard, là-bas. Lève la main, Richard. Richard remplace Scott le temps des réglages. Il se met en place. Il nous aide à régler les aspects techniques du plan. Scott est dans sa caravane, on l'appellera quand on sera prêts. Richard sortira et Scott prendra sa place. On a donc une deuxième équipe, des doublures, pour les réglages. Les acteurs n'ont donc pas à poireauter pendant cette phase laborieuse. Ils sont là pour jouer leurs rôles et pas pendant qu'on règle cadrage et lumière. Fais-moi voir. Richard, va au n° 1, s'il te plaît. Que je te voie au n° 1. Montre-moi l'entrée. D'accord. Richard, vas-y. Oui, c'est pas mal. Premier déplacement. C'est bien. Tu vois tout ça... C'est super. - On peut voir le déplacement? - Et si on en faisait deux? On en fait un où on le laisse entrer dans le plan, pour que tu puisses... Ce pourrait être difficile à monter. Et... moteur. On est prêts à l'ouvrir. Corps.

 

 
 
David, juste un détail. Il y avait une fuite d'azote avant qu'ils ouvrent. Est-ce qu'on a une prise, celle d'avant, où ça ne fuit pas? Parce que si on utilise les deux prises, on a un panoramique où il n'y a pas de fuite. On a un panoramique sans fuite? Je ne crois pas. On en refait un où on coupe au moment où ils ouvrent, comme ça, le plan comprend la créature. A la dernière prise... - Je n'ai pas vu de fuite ... - Moi si. L'azote fuyait tout le long, là, et je suis sûr que ça se voit sur le plan. - Fais-en un sans azote. - Histoire d'être sûrs. - Pas d'azote. - Donc, en gros, si on n'en filme pas un sans fuite d'azote, ça va tout gâcher. Au montage, ils pourront utiliser la prise sans azote, qu'on va filmer maintenant. Et ils en auront aussi une avec l'azote. La dernière prise est bonne, celle où ça fuit. Ils peuvent donc utiliser les deux, montrer celle avec l'azote avant, et l'autre après, et en tirer le meilleur. Celle-ci est sans azote, pour être couverts. Les caméras sont prêtes.

 


A chaque épreuve, on ouvre la caméra, et vous allez voir Mark ouvrir la caméra. Il va faire avancer la pellicule, puis ouvrir et retirer la porte, qui est ce qui maintient le film contre l'ouverture du projecteur. Il va s'assurer qu'il n'y a rien dedans. Ça a l'air idiot, mais croyez-moi, il peut y avoir un poil dedans. Regardez-le. Voilà, il observe la porte. - C'est bon. - Et c'est bon. Ça veut dire que l'épreuve est bonne, de ce point de vue, en tout cas. Il n'y a rien dans la porte qui puisse gâcher le plan. C'est une formalité, car ça n'arrive pas souvent, mais de temps en temps, un petit poil se coince dans la porte et ruine le plan. Et il faut le refaire. C'est la dernière étape. Le plan est bon, on peut continuer. - Et c'est ce qu'on va faire. - Merci. Bonne semaine.
 

 


Donc Dominic Keating et Steven vont se battre. Ils sont rivaux, et à ce moment précis, une séance d'entraînement commence à dégénérer. On est en pleine bagarre. On l'a filmée deux fois en grand angle, du chariot. On va maintenant filmer caméra à l'épaule. On filme plusieurs versions, avec une doublure et avec l'acteur. C'est une scène où l'acteur travaille avec sa doublure. On voit le visage de l'acteur par-dessus l'épaule de la doublure. On s'arrange pour qu'on prenne la doublure pour l'acteur, mais en fait, celui dont on ne voit pas le visage est une doublure. C'est ce qu'on est en train de faire. Et ensuite... Tu te tournes et tu tombes.
 

 


C'est ma caméra à main. C'est une Panaflex, et elle est super. Regardez. Moteur! Recule. Tourne. C'est tout. - Attention. - Et... moteur! Gardez le gauche levé. - Coupez. - Il n'a pas continué. Voilà. Vous avez vu. On a ce bout-là. C'est bien. Il reste beaucoup à faire. - Attention. - Moteur. Gardez le gauche levé. C'est ça, gardez vos distances. Excellent. Vous vous améliorez. - Et coupez. - Elle est bonne?
 

 


L'homme à la chemise bleue, là-bas, qui est en train de parler, c'est Vince Deadrick, le responsable des cascadeurs. C'est à lui de veiller au bon déroulement des cascades, à ce qu'elles soient denses, captivantes et à ce qu'il n'y ait pas de blessé. Si nos acteurs étaient blessés, le tournage serait suspendu. On ne peut pas se le permettre. Même s'ils pouvaient le faire, et c'est probable, le risque est trop grand. Ça n'en vaut pas la peine. Ça doit avoir l'air dangereux, pas l'être réellement. C'est ce qui est bien, au cinéma. On veut l'illusion du danger, pas le danger lui-même. - Attention. - Et... moteur! Garde ton gauche levé. C'est ça, garde tes distances. Excellent. Tu t'améliores. Coupez. Bon, ce qui s'est passé, c'est...
 

 



Le boulot ne se limite pas à enchaîner les plans. J'aide aussi le réalisateur à visualiser le résultat, à saisir comment les prises se compléteront une fois montées. Le monteur coupera, mais si on ne filme pas assez, le monteur n'aura pas de quoi monter. Une partie du travail est donc de définir avec le réalisateur ce qu'il veut obtenir, ce qu'il faudra filmer et comment, pour que les plans s'encneînent sans heurt et racontent l'histoire.
 

 




Il n'y a pas beaucoup de gars, dans ce genre de boulot, qui soient si artistes. Ils regardent la scène, ils ne font pas que suivre le marquage au sol et filmer mécaniquement. Ils manipulent la caméra et écoutent ce que vous dites, et ils pointent la caméra où il faut quand il faut. Marvin est un homme formidable.
 

 


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Enterprise Saison 3