Leonard Nimoy, réalisateur

Star Trek
Retour sur Terre
Bonus

Leonard Nimoy, réalisateur

 

Leonard Nimoy va évoquer le tournage de Star Trek IV - Retour sur Terre.

 




- Il irait par là.
- S'il le pouvait.
Ramène-les par ici.
Sur votre gauche.
Déplacez-vous d'environ 50 cm.
C'est pas mal. Bon.
D'accord ?
Fais-moi voir ton regard.
Maintenant la question est,
si on fait un travelling ici avec Bill...
Faites-moi voir l'action.
Silence, s'il vous plaît:.
- Silence pour la répétition, s'il vous plaît: !
- Action. Merci à tous.
Voyons ce que ça donne
s'il se met à marcher.
Fais une longue pause avant
de marcher dans l'autre sens,
et tourne-toi vers nous comme si nous
étions l'équipage. Ça peut fonctionner?
- On reprend au début de la scène.
- Clap !
- Bruit de fond.
- Action.
- Dr McCoy? M. Scott ?
- Retour.
- Uhura ? Chekov ? Sulu?
- Retour.
Prenez note que
le Commandant et l'équipage
de l'Enterprise aujourd'hui détruit,
ont voté le retour sur Terre
pour faire face aux conséquences
du sauvetage de leur camarade,
le capitaine Spock.
Merci à tous.
A vos postes, je vous prie.
-Coupez !
- C'est bon.
 

 

La première fois que j'ai travaillé chez Paramount, c'était en 1951. J'avais 20 ans et je partageais une loge dans ce bâtiment avec d'autres acteurs. Je jouais dans le film Rhuberb, avec Jan Sterling et Ray Milland. C'était une aventure pour un jeune de 20 ans venu de Boston. C'était mon 2ème rôle à Hollywood. J'avais deux ou trois répliques. Nerveux. Milland venait de remporter un Oscar pour Le Poison. Je crois que j'ai dû gagner entre 300 et 400 dollars.
En 1966, la série télévisée Star Trek a débuté. Après 15 ans de petits rôles et de figuration, j'avais enfin un travail sûr. On a tourné 3 séries. Et tandis que mon personnage s'étoffait, j'ai appris des choses sur la réalisation dans l'espoir d'y participer un jour. J'ai demandé à être réalisateur, mais on me répondait de mettre mes oreilles pointues et de jouer. Dans Star Trek Il, Spock se sacrifiait pour sauver ses compagnons. A la fin, le personnage mourrait, et je pensais que c'était fini. Mais en science fiction, les possibilités sont infinies. Les producteurs de Paramount m'ont appelé après la sortie de Star Trek II et m'ont demandé si j'étais intéressé pour participer à Star Trek III. J'ai compris qu'ils me demandaient de jouer Spock à nouveau. Je me suis dit que c'était le moment ou jamais d'arrêter mes bêtises et d'envisager sérieusement une carrière de réalisateur. Je leur ai répondu que j'aimerais participer à Star Trek III et que je souhaitais réaliser le film. A ma grande surprise, ils ont accepté.
 

 

 
 
 

 

C'est une forme d'art très compliquée, sans doute la plus complexe qui soit. Et plus c'est difficile, plus c'est compliqué, plus je finis par comprendre qu'il n'y a qu'une façon de faire. Il faut s'entourer, comme j'ai eu la chance de le faire, de gens qui ont beaucoup de talent. Et tout se passe pour le mieux.
 

 

Entre la fin de la série Star Trek en 1968 et le premier film Star Trek en 1979, 11 années s'étaient écoulées. Il nous a fallu un peu de temps pour savoir comment nous y prendre. L'idée de départ était que la télévision, c'est la télévision. On fait un certain type de programme pour un certain type de divertissement. Mais pour le cinéma, on voulait faire un film sérieux et important. Et je crois qu'on se prenait un peu trop au sérieux. Quand je repense aux films qu'on a faits, je crois qu'il nous a fallu du temps pour comprendre comment commencer à nous amuser. Au fur et à mesure de chaque film, nous avons vu ce qu'on pouvait faire et ce qui plairait le plus au public dans ces films.
 

 

Le premier que j'ai réalisé, Star Trek III, se caractérisait par sa passion. Il faisait penser à un opéra, ce qui me plaisait car je l'avais imaginé très passionnel et impressionnant. Du feu et de la fumée, avec la planète qui se désintègre.
 

 

Dans Star Trek IV, il était temps de s'amuser et de faire une pirouette. Nous sommes descendus, littéralement, dans les rues de San Francisco, pour jouer des scènes où ces gens d'un autre monde ne savent même pas comment traverser une rue.
 

 

Pour Star Trek IV, nous avions besoin d'un énorme volume d'eau pour pouvoir créer les effets spéciaux des scènes des baleines qui montent à la surface et plongent dans les eaux. Il y avait aussi une scène de tempête où la navette k1ingon amerrit dans la baie de San Francisco. L'équipe des effets spéciaux s'est renseignée. Avant, les grands studios comportaient un bassin, une énorme piscine pour faire des prises de vues sur l'eau ou sous-marines. Ces bassins ont soit disparu, soit ceux qui restaient ne convenaient pas pour ce que nous voulions faire.
 

 

Nous étions dans l'impasse jusqu'à ce qu'on trouve ce parking à Paramount. Devant cet énorme écran bleu, qui a servi de fond pour des extérieurs, notre équipe des effets spéciaux a remarqué des lignes sur le sol. Ils ont consulté les plans du studio et ont découvert que ce terrain était autrefois un bassin de 5 m de profondeur. On l'utilisait pour des scènes de batailles et autres, sur l'eau ou sous l'eau. On s'est rendus compte qu'on pouvait creuser ici, sur le terrain de Paramount. cela a donné lieu à un spectacle comme Hollywood n'en n'avait pas vu depuis longtemps.
 

 

 
 
 

 

 
 
 

 

 

 
 
 
Quand on a décidé d'utiliser des baleines à bosse, on a visionné beaucoup d'images pour trouver ce dont on avait besoin. On a rencontré des cameramen, des chercheurs qui vont filmer les baleines sous l'eau. Il est apparu qu'il nous faudrait créer nos images. Il est impossible de filmer les baleines à bosse. Elles sont trop timides. Elles n'auraient pas laissé la caméra s'approcher d'elles, ni accepté d'être en contact avec l'homme comme l'exigeait le film. On a alors engagé des experts des effets spéciaux très talentueux. On leur a décrit les plans dont on avait besoin et ils se sont mis au travail. Dans Star Trek IV, environ 95% des images de baleines ont été crées par l'homme. Seuls 2 ou 3 plans sont réels.

 

 
 
 

 

 
 
 

 

 
 
 
Le résultat est extraordinaire. Il y a deux choses. Il y a deux énormes sections qui ressemblent à des parties de baleine, comme la tête et la queue. Et il Ya deux maquettes téléguidées d'environ 1 mètre 50 de long. Elles sont télécommandées depuis l'extérieur du bassin par des opérateurs qui les observent à travers la vitre et les actionnent. Leur travail a été remarquable, mais pas reconnu, car les gens qui voient ce film, y compris moi maintenant, oublient que ce ne sont pas de vraies baleines à bosse. Elles ont vraiment l'air réelles. Il faut saluer ces maquettistes. En préparant l'histoire de Star Trek IV, j'ai discuté avec de grands scientifiques qui m'ont fait passer des moments merveilleux. En les entendant parler de leurs craintes pour l'avenir de notre planète, je me suis rendu qu'il y a un problème qui nous concerne tous: le système écologique de cette planète. Des centaines d'espèces disparaissent chaque année. J'ai comparé notre système écologique à un château de cartes. Si on enlève une carte, le château restera peut-être debout. Si on en retire une autre, il peut continuer à tenir. Jusqu'à ce qu'on enlève une carte qui fait office de clé de voûte. Là, tout le château s'écroule. Peut-être qu'un jour, une de ces espèces sera une clé de voûte, et le système écologique commencera à s'écrouler. C'est ce qui nous a donné l'idée de ce retour au 20ème siècle pour essayer de faire revivre une espèce disparue au 21ème siècle, qui se retrouve à la base d'un problème.

 

 
 
 
Quand nous avons pensé aux baleines, qui sont menacées, à leur taille gigantesque, à leur magie et à leur mystérieux chant, que nous connaissons mais ne comprenons pas, nous avions trouvé le fil directeur parfait pour raconter l'histoire de Star Trek IV.

 

 
 
Quand on voit un film à la télévision, ce n'est pas forcément pour cela qu'il a été conçu. Si le film a été tourné en format large, il doit être réajusté pour s'adapter à la forme du tube du téléviseur. Quand, en tant que réalisateur, je cadre un plan avec deux personnes de chaque côté d'une pièce, un format large me permet de les voir toutes les deux. Quand ce plan est resserré pour la télévision, la caméra ne peut pas montrer les deux acteurs en même temps. Généralement, elle montre celui qui parle, puis se déplace quand l'autre parle à son tour. Comme on ne les voit pas en même temps, on rate leur réaction. ce n'est pas forcément le cadre que j'avais choisi, où le spectateur voit la personne qui parle et celle qui écoute. Si l'image est rétrécie pour la télévision, l'intention de la scène peut changer.

 

 
 
 
Ce fut un long voyage. Je ne pensais pas que je réaliserais un film de 26 million de dollars au studio Paramount, mais le voici ! Il s'intitule Retour sur Terre. Ce fut pour moi un retour au foyer.
Réaliser un film, c'est finalement la plus belle chance qui m'ait été donnée de ma vie.

 


Cet article est la retranscription d'un bonus du DVD Star Trek, Retour sur Terre