Un héritage qui défie le temps

TOS
saison 1
Bonus

Un héritage qui défie le temps

 

William Shatner - capitaine Kirk - 15 décembre 2003

Ce dont je me souviens surtout, ce dont il faut se souvenir, c'est que ça remonte à 35 ans. Certains disent : "J'ai des cravates plus vieilles que ça dans mon armoire !" Mais ça fait longtemps. C'est plus d'une génération. Un peu comme un tableau japonais où l'on voit le sommet de la montagne dépasser au-dessus de la brume, la brume de l'oubli et de l'expérience cache tout ce qui m'est arrivé pendant Star Trek et brouille un peu le souvenir que j'en ai. J'ai quelques souvenirs marquants qui me sont restés. Alors, quand on me demande mon impression aujourd'hui... le mot qui me vient à l'esprit, c'est "exubérance".
 

Leonard Nimoy - Spock - 9 décembre 2003

Le premier pilote était somptueux, la production et la réalisation parfaites  et l'idée très intéressante. Mais l'épisode était invendable car il manquait une intrigue centrale qui soit facile à suivre et des personnages à qui s'identifier. C'était l'histoire d'un type qui se faisait enlever par des extraterrestres qui voulaient le faire accoupler avec cette jeune femme. Ils lui présentent toutes sortes de fantasmes sexuels pour l'exciter. C'était une idée très intéressante, d'un point de vue freudien, mais ça ne se faisait pas à la télé. Les chaînes de télé n'ont pas compris, et ça n'est pas passé. Mais ils ont décidé d'essayer à nouveau.
  

 


Gene Roddenberry - créateur et producteur exécutif - 27 septembre 1988

Pour vendre mon pilote, je leur ai dit que ça serait un peu comme un western, sauf qu'il y aurait des vaisseaux à la place des chevaux. Mais que ce serait familier. Mais une fois que j'ai eu mon budget et mes acteurs, je me suis emballé. Ça ne répondait pas à leurs attentes et ça ne leur a pas plu.On a fait deux pilotes et bien sûr, avant ça, on a fait beaucoup de dessins.
 

 

Robert Justman

J'ai rencontré Gene. Il me fascinait. C'était quelqu'un de très gentil, qui s'intéressait davantage à ce que je voulais faire de ma vie qu'à son épisode. On m'a demandé d'être... le premier assistant sur le tournage du premier pilote, suite à ce que certaines personnes avaient entendu dire, y compris Herb Solow, alors vice-président chez Desilu. Leonard était déjà là quand je suis arrivé. Bizarrement... ou plutôt, fait révélateur, ce n'était pas lui le numéro un. C'était Majel Barrett qui avait le rôle. Je trouvais que c'était là un vrai pas en avant dans l'histoire de la télévision de mettre une femme au commandement d'un vaisseau. J'ai travaillé dur sur ce premier pilote de Star Trek. L'épisode a été fini dans les temps, comme je l'avais promis à Desilu. Ils avaient beau réduire le budget et le temps de tournage, on arrivait toujours à finir dans les temps.
 

 


John D.F. Black & Mary Black - producteur associé & secrétaire - 19 février 2004

Les séries de science-fiction n'existaient pas. Il n'y avait rien de semblable à Star Trek. Il y avait eu La Quatrième dimension. C'était différent. Ce n'était pas une série en soi. Je ne pensais pas que c'était faisable.
 

 

Robert Justman

Avant d'avoir pu lire le script, mon principal souci était de faire se poser un vaisseau sur une planète toutes les semaines. Le vaisseau était grand et la planète inconnue et nous n'étions pas sûrs d'avoir les moyens de faire ça. Gene, dans sa grande sagesse, a résolu le problème avec l'idée de la téléportation. Cela a réglé le problème de l'atterrissage. Je craignais également d'avoir à suspendre les acteurs pour reproduire les conditions d'apesanteur dans l'espace. Très heureusement pour nous, Gene Roddenberry a eu l'idée de la pesanteur artificielle. Ça devait toujours être la dernière chose à tomber en panne, même lorsque les systèmes de survie étaient touchés et qu'ils se faisaient canarder par leurs ennemis. Quoi qu'il arrive, l'équipage resterait toujours debout sur ses pieds.
 

 


John D.F. Black & Mary Black

Ils avaient entamé un second pilote, et là Gene Roddenberry m'a appelé pour me demander d'être producteur associé sur le second pilote. Je n'avais jamais vu ça. C'était une chance incroyable. J'ignore si l'agent d'ICM y a été pour quelque chose. J'ignore jusqu'à quel point il a mis la pression. Ça ne serait pas arrivé avec "Mission", une série qu'il avait montée avec Paramount, comme Star Trek. Je ne crois pas qu'ils auraient eu une seconde chance. Mais Star Trek l'a eue. Un coup de chance. Mais Gene avait le don... d'obtenir ce qu'il voulait.
 

 


Leonard Nimoy

A la seconde tentative, le budget avait été revu à la baisse. C'était Jeffrey Hunter qui jouait le rôle du capitaine dans le premier. Il voulait qu'on lui garantisse des rôles au cinéma, ce qu'ils ne pouvaient pas. Il est donc parti et c'est Bill Shatner qui l'a remplacé. C'est Gene qui m'a appris que Bill Shatner avait été engagé. J'étais ravi parce que j'avais travaillé avec lui sur Au-delà du réel. Nous avions créé des liens.
 


Robert Justman

Son énergie et son endurance m'épataient. Il apportait à Star Trek des qualités uniques qui jusque-là étaient absentes. Son côté sympathique, son énergie... son humanité. Les épreuves qu'il devait imposer à son équipage le faisaient souffrir... comme ce doit être le cas pour n'importe quel homme de tête.


Leonard Nimoy

Ils ont changé le docteur. Majel Barrett s'est vue attribuer le rôle de l'infirmière Chapel. Le seul personnage qui soit resté intact, heureusement pour moi, était Spock.
 

 


Gene Roddenberry

Dans le 1er pilote, M. Spock n'était pas l'esprit logique et impassible de la série. Il lui arrivait de sourire et de s'énerver comme tout le monde. C'était l'officier en second, interprété par Majel Barrett, l'esprit impassible. Ils ont rejeté ce pilote-là en disant que l'officier en second ne pouvait pas être une femme. On recevait du courrier de femmes : "Pour qui se prend-elle ?" On a donc ensuite inventé à M. Spock son passé de Vulcain et il est devenu l'actuel M. Spock.
 


Leonard Nimoy

On nous a imposé d'énormes contraintes budgétaires. Le budget nous limitait. Le studio tenait à diffuser la série et voulait en faire un produit pas cher pour la télévision. La chaîne n'était pas chaude et ne voulait pas payer le prix fort. Une prédiction qui s'est en quelque sorte réalisée. La chaîne voulait un produit pas cher parce qu'elle n'y croyait pas. Ils n'y ont jamais cru, même quand ça marchait.


Robert Justman

J'espérais qu'elle ne se vendrait pas parce que j'ignorais si on y arriverait. Les problèmes inhérents à la série et à sa jumelle, "Mission impossible" que Herb Solow vendait à la chaîne|en même temps, étaient tels que je craignais de ne jamais arriver à finir à temps pour les dates de diffusion.
 


Gene Roddenberry

Ils nous ont offert moins d'argent, mais nos décors existaient déjà. J'ai beaucoup critiqué les chaînes de télévision et elles le méritent. Mais il y a eu deux vice-présidents qui ont reconnu le côté inédit. Ils ont trouvé que c'était l'avenir, et ont décidé de faire ce qui n'avait encore jamais été fait et d'accorder des fonds à Roddenberry. J'ai promis de faire quelque chose qui soit reconnaissable cette fois !
 

 


Robert Justman

Sally Kellerman supportait très bien ces globes argentés dans les yeux, sans aucun problème. C'était comme s'ils n'existaient pas. Mais Gary Lockwood, l'autre acteur, avait du mal à voir à travers le petit trou qu'il y avait dedans. Il devait pencher la tête en arrière et baisser les yeux pour voir. Ça lui donnait cet air bizarre, qui convenait très bien. Ça lui donnait une certaine...importance, qui allait presque au-delà du personnage. C'était étrange à voir. En discutant avec Gene, j'ai découvert que le personnage du capitaine Kirk s'inspirait de deux personnages fictifs. Hamlet, d'une part, un homme qui doute de sa capacité à provoquer ce qu'il sait être inévitable. Et le capitaine Horatio Hornblower d'autre part, qui souffre de voir souffrir les hommes sous ses ordres. A partir de ces deux personnages, j'ai pu comprendre qui était le capitaine Kirk.
 


Gene Roddenberry

Pendant un moment, ça a été Buck Rogers. Ray Bradbury et moi avions le même age et on attendait avec impatience l'arrivée du journal pour lire Buck Rogers. Ensuite, il y a eu Flash Gordon... J'aimais beaucoup les femmes à demi-nues. Elles étaient superbes ! Mais ma vraie passion, celle qui m'est restée toute ma vie d'adulte, c'est la série Hornblower, la saga maritime de CS Forrester. Ça m'a influencé dans Star Trek. Je voulais faire du capitaine Kirk une sorte de Hornblower. L'action se situait à l'époque où un navire à destination de l'Afrique partait pour très longtemps et son capitaine se devait être à la fois diplomate et humaniste.
 


Leonard Nimoy

L'idée des oreilles pointues est venue tout de suite. A côté de ça, il y a eu d'autres idées qui sont tombées à l'eau. A l'origine, Gene avait pensé que le personnage aurait la peau rouge. Mais beaucoup avaient la télé noir et blanc. Aux essais, ça rendait noir. Ce n'était pas ce qu'il voulait et l'idée a été abandonnée.


Gene Roddenberry

On a tous les deux changé depuis. Cette photo a été prise le jour où on essayait les oreilles pour choisir celles qui allaient le mieux. On a essayé plusieurs tailles.
 

 


Leonard Nimoy

Puis on a commencé à imaginer que son sang serait à base de cuivre, d'où une peau couleur verdâtre. On a trouvé une teinte de maquillage jaune verdâtre, légèrement différente de la couleur de la peau humaine.
Freddie Phillips, le maquilleur, un type formidable, et moi-même avons passé des journées entières à travailler les sourcils et les oreilles ainsi que la coupe de cheveux. Les oreilles ont posé problème, là encore, en raison des contraintes budgétaires. Le studio avait engagé une société pour fabriquer les prothèses. Ils faisaient les têtes, les mains, les pieds, les costumes des divers monstres et extraterrestres. Dans le contrat pour lequel ils étaient payés, était inclue la fabrication de mes oreilles. Ils savaient faire des trucs grossiers, les mains piolues, les grosses têtes, mais n'étaient pas habitués aux prothèses destinées au visage et qui doivent avoir l'air naturel. Les premières oreilles qu'ils ont livrées étaient grossières et ridicules. Freddie me les a mises. Il savait que ça n'allait pas et moi aussi. Ils ont essayé de les affiner, mais ils n'avaient pas le savoir-faire. Alors, il a expliqué ça au studio. Ils ont répondu : "On les paye, qu'ils continuent d'essayer." On a continué, le tournage approchait et on n'avait toujours pas nos oreilles. Un jour, on était à trois jours du tournage, Freddie me met la dernière paire d'oreilles arrivée et me regarde. Puis il les arrache et les jette à la poubelle. Là-dessus, il prend le téléphone et appelle Charlie Schram, le chef de l'équipe maquillage chez MGM. ll lui dit :"Charlie, je suis dans le pétrin. Il me faut des oreilles de diable pour un acteur. Il me les faut maintenant. Peux-tu m'aider ?" Il a raccroché, et tous les deux, on est allés chez MGM. Je me suis allongé et Charlie a fait un moule en plâtre de mes oreilles. Le matin du tournage, deux jours plus tard, les oreilles sont arrivées et Freddie a souri. Les oreilles allaient. Freddie Phillips a sauvé mon personnage. ll a pris sur lui de passer outre le studio. ll y avait 600 dollars en jeu. Les oreilles avaient coûté 600 dollars et ils refusaient de payer. Il a préféré payer de sa poche plutôt que d'utiliser les autres oreilles. C'est ainsi qu'on a réglé le problème.
 

 


Nichelle Nichols - Uhura - 15 décembre 2003

Juste avant le début du tournage, il a décidé que son officier de communication serait une femme et m'a fait revenir d'Europe pour devenir Uhura. Elle n'avait pas encore de nom quand je suis arrivée. Quand ils ont vu qui il avait engagé... Il avait dit aux patrons des studios qu'il allait faire un petit changement à bord du vaisseau. Il voulait ajouter un peu de couleur. Les costumes étant plutôt ternes, ils ont dit d'accord. D'ailleurs, mon premier costume était d'un vert terne. Quand ils ont vu que non seulement, c'était moi l'officier des communications, mais qu'en plus, le rôle était bien plus important que prévu, ils ont répondu : "Hors de question." Gene a répliqué : "Soit elle reste ou c'est moi qui pars." Il s'est battu, farouchement. Et finalement, il a gagné.
 

 


George Takei - Sulu - 14 janvier 2004

Quand Gene Roddenberry m'a parlé de la série et du personnage pour lequel j'étais pressenti, le rôle m'a tout de suite plu. Tout d'abord, l'idée de Star Trek, la vision de Gene... ll m'a dit que l'Enterprise était une métaphore de la Terre et que toute la force du vaisseau résidait dans sa diversité, mais que cette diversité de gens travaillaient de concert. C'est pour ça que j'étais pressenti. Je devais représenter la minorité asiatique à bord du vaisseau.
 

 


James Doohan - Scotty - 31 mars 1994

J'ai toujours été doué pour imiter les accents. J'ai la chance d'avoir une très bonne oreille. Il faut énormément de concentration pour faire ce genre de chose. J'avais connu un gars dans les transmissions pendant la guerre, qui était originaire d'Aberdeen. Mon accent écossais m'est venu de lui. Il est resté 6 semaines avec nous. Au départ, je ne comprenais rien. Gene m'avait demandé quel accent j'aimais faire. Je lui ai dit que s'il voulait un ingénieur, il fallait qu'il soit écossais, parce que ce sont les meilleurs ingénieurs.
 

 


D.C. Fontana - scénariste - 30 juillet 2003

DeForest Kelley était un homme généreux, un gentleman. C'était quelqu'un de très généreux dans son travail. Il était toujours très agréable. C'était un vieil ami de Gene Roddenberry. Il avait participé au pilote de Police Story qu'on avait fait en 1965. Il n'était pas dans les deux premiers pilotes de Star Trek. Les autres ont été écartés, soit parce qu'ils avaient d'autres engagements soit parce que Gene les trouvait trop âgés. Il voulait quelqu'un plus de l'âge de Kirk. Mais pas du même âge. Il avait 10 ans de plus que Kirk et Spock. Mais il avait un peu plus de sagesse et de vécu. Il a apporté le côté humain au triumvirat. Kirk était l'homme d'action, Spock, l'homme de la logique. McCoy, c'était l'homme humain. Les trois ensemble formaient un être humain merveilleux !
 

 


William Shatner

Quelle joie on avait de tourner ! C'était tellement bien écrit. Ils écrivaient des choses, et je pourrais dire "nous"... Ils écrivaient des choses qui n'avaient encore jamais été faites à la télévision. Les relations entre les personnages étaient merveilleuses, ainsi que, dans bien des cas, entre les acteurs... et les équipes de tournage. C'est souvent le cas sur un tournage. Mais nous avons passé trois ans ensemble. Les réalisateurs ne changeaient pas. Il y avait une certaine continuité, le sentiment d'une expérience partagée. On partageait des moments de vie. Il y a eu des morts, des naissances. Il y avait donc un partage entre êtres humains, et en même temps le plaisir de jouer des scènes bien écrites, ce qui n'arrive jamais à la télévision, en règle générale. Alors, les histoires intéressantes, les scènes d'action, les gens merveilleux que j'ai connus, voilà ce que je garde en souvenir.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The original series Saison 1