Des visionnaires de la science-fiction

TOS
saison 1
Bonus

Des visionnaires de la science-fiction

 

William Shatner - capitaine Kirk - 15 décembre 2003

Les idées de Star Trek étaient des idées de science-fiction. Elles naissaient de l'imagination de grands auteurs de science-fiction. ils ne savaient pas écrire un scénario, qui est un exercice particulier. Il faut faire comme ci, comme ça, s'arrêter là, les personnages doivent agir de telle ou telle manière. C'est presque machinal. Mais le vrai génie créatif intervient dans la recherche du concept. A partir du concept, tout est possible. Un épisode peut être porté par une idée. Les dialogues peuvent être mauvais, les acteurs aussi, mais si le spectateur retient l'idée générale, il suffit de se laisser porter. C'est toute la beauté et la magie de la science-fiction. On part d'un principe humain, quel qu'il soit, on le situe dans le futur pour que ça soit plus tape-à-l'œil et on élabore l'idée.
 

 

Gene Roddenberry - créateur et producteur exécutif - 27 septembre 1988

Ce que j'espère avoir accompli, c'est d'avoir inventé qu'il était possible de faire des sujets interessants et de faire de la télé qui dure. Les feuilletons télé, ce n'est pas que des fusillades, et des personnages louches. Nos personnages sont des exemples pour les enfants. Ils ne mentent jamais, ne trichent jamais. Ils disent que certaines choses valent peut-être qu'on se sacrifie. Je crois que tout le monde, sans faire trop Pollyanna, aimerait que ses enfants aient un héros. Quand j'étais jeune, c'était : "Sois Président". Ce n'est plus au goût du jour.
 

 

D.C. Fontana - scénariste - 30 juillet 2003

Au début, quand on a lancé la série en 1966, Gene Roddenberry voulait des auteurs de science-fiction. Il trouvait qu'n donnant ce cachet à la série, en faissant appel à des auteurs de télé et de S.F., on renforcerait la crédibilité de la série vis-à-vis du spectateur, du spectateur amateur de SF, bien sûr. Il a donc engagé Harlan Ellison, George Clayton Johnson, Ted Sturgeon, Richard Matheson pour écrire des histoires. Ils avaient tous l'expérience de la télé. Le but était de faire appel à des auteurs de science-fiction qui savaient aussi écrire pour la télé. Les deux ne sont pas forcément incompatibles. On a donc fait en sorte que les six ou sept premiers épisodes soient écrits par des personnes ayant l'expérience de la télé et de la science-fiction. Ensuite, on a fait appel à des scénaristes télé avec de bonnes idées. les mêmes auteurs plusieurs fois. On a utilisé Robert Bloch et Ted Sturgeon plusieurs fois. On refaisait appel aux gens qu'on avait aimés.
 

 

John D.F. Black & Mary Black - producteur associé & secrétaire - 19 février 2004

Teddy m'avait donné quelques règles. Elles n'étaient pas nombreuses. La principale règle de l'auteur de science-fiction, c'était de ne jamais demander à son public de croire à plus d'une chose. ll peut y avoir plusieurs éléments qui sont liés à cette chose, mais ils forment un tout. Ne jamais demander de croire à une chose, puis à une autre. Ça ne se fait pas. ll faut que tout soit lié. Quand je revois Star Trek, c'est ce qu'on faisait. Quand un script posait problème, c'était toujours parce que quelqu'un avait fait précisément cette erreur. Ca ne passait pas. Quand un script arrivait, on commençait par l'histoire. Parfois, quand l'histoire était complexe, on devait faire un traitement. Ensuite, on recevait une 1 re version. Quand elle arrivait sur le bureau, Mary la passait en revue ou la lisait avant moi, parce que j'étais toujours occupé à autre chose. Soit à travailler sur un script ou à répondre aux questions d'un scénariste. Quand celui de Teddy est arrivé, Mary me l'a amené. "Une Partie de campagne". J'ai adoré cet épisode. On a eu un léger désaccord avec Gene au sujet de cette espèce d'antenne. Pas moi, mais Teddy. Quand ils sont dans le parc, on voit l'antenne apparaître. Elle arrivait trop tôt. Du moins, c'était l'avis de Teddy. Et franchement, j'étais d'accord avec lui. "L'Equipage en folie" est de moi. J'en suis très fier. Il n'y a que moi à pouvoir être fier de mon travail. Quand j'ai mis l'histoire à plat, l'idée de base, à savoir l'ivresse, mais sans titubation ni bafouillage, c'était vraiment l'idée de base qui ressortait. Quand on connaît l'histoire, ça paraît logique.

Majel était quelqu'un de tellement sympathique, qu'on ne pouvait pas s'empêcher de vouloir donner à son personnage des émotions face à Spock. Jusqu'à cet épisode, elle n'avait été que l'infirmière. C'est quelque chose que tu as remarqué en elle.
 
Mais l'idée de base, c'était : "Que se passerait-il "si tout le monde à bord de ce vaisseau était soûl ?"

Mais je crois aussi que tu as toujours été fasciné par cette facette qui existe en chacun et qui ne ressort que dans des circonstances exceptionnelles. Ce que tu as fait dans "L'équipage en folie", c'est de montrer ce qui ressort quand ils se laissent aller. ce qui les ronge à l'intérieur, ce qui est en eux et qui attend de surgir. Mais je crois que tu as introduit l'idée d'un prolongement... Le prolongement des personnages et du vaisseau. ll y avait cette impression d'espace. lls ne sont pas les uns sur les autres.
 

 

Robert Justman

Je me souviens d'une idée en particulier qui était née d'une réunion de scénaristes. L'auteur nous avait lancé plusieurs idées, mais soit on l'avait déjà fait, soit ce n'était pas satisfaisant. J'étais présent à la réunion. Gene n'était pas disposer à le laisser partir sans l'engager. ll aimait beaucoup son travail. Alors, Gene a sorti son joker et lui a dit : "Pourquoi tu ne ferais pas 'Torpilles sous l'Atlantique' ?" N'importe quel amateur de cinéma sait qu'il s'agit d'un film où le capitaine d'un destroyer américain fait face au commandant d'un sous-marin allemand. Le scénariste est rentré chez lui et est revenu avec ce scénario. Et c'est devenu "Zone de terreur", un épisode où pour la première fois, on voit des personnages comme Spock. lls sont nobles, tout autant que nos personnages. Beaucoup de gens ont été profondément marqués par cet épisode. Ces gens ont plus de similarités que de différences. Je devrais dire "formes de vie". La volonté, le caractère et la philosophie étaient mis à l'honneur. J'étais très content du résultat.
 

 

John D.F. Black & Mary Black

Les Romuliens ont vu le jour parce que le fils de Paul Schneider était fasciné par l'Empire romain à cette époque de sa vie. ll a demandé si on pouvait les appeler "Romuliens". Je lui ai répondu que oui, que ça m'était égal. lls sont devenus des "Romuliens" et il y a eu les batailles et tout le reste. Mais le nom de "Romuliens" est resté en référence à son fils. ce que je trouve sympa. L'épisode de Harlan, "Contretemps" avait une certaine qualité comique. Les oreilles de Spock, par exemple, et le bonnet. Superbe. C'était dans le scénario,àa n'est pas venu spontanément. L'imbécile s'est assis devant sa machine à écrire et... C'est ce qu'il a écrit. C'était toute la beauté de l'épisode. Dans "Contretemps", Harlan a fait ressortir le côté littéraire des personnages qui avait été absent jusque-là. L'épisode aurait pu être une nouvelle. Réellement. C'était ce qui faisait toute la magie.

Je me rappelle quand John a commencé à écrire pour la télé, il s'était constitué une bible. "Le personnage principal ne ferait jamais ceci ou cela." Je n'ai pas souvenir d'aucune indication de ce genre de la part de Gene, "Kirk ne fairait jamais..." Du moment que c'était divertissant, Kirk pouvait tout faire.

Quand George Clayton Johnson est arrivé sur Star Trek, après avoir cogité sur le sujet, il a acquis la conviction absolue que deux hommes à bord du vaisseau devaient être amis. Liés étroitement l'un à l'autre. Ces deux hommes étaient Scotty et Kirk. Le vaisseau appartenait à chacun des deux. Scotty était toujours d'accord avec lui. Puis le script est arrivé sur mon bureau et sur celui de Gene, et on s'est rendu compte que c'était impossible, parce que c'était sur la passerelle que le groupe existait. Quand McCoy a lancé ses premières remarques désobligeantes à Spock, on s'est vite aperçu qu'on ne pouvait pas toucher à ça. Et De Kelley joue la comédie avec un tel charme. On a eu de la chance. Tous les scénaristes de Star Trek... se respectaient énormément. J'ignore ce qu'il en était de Gene. Je ne peux pas parler à sa place. Mais je peux parler pour Teddy Sturgeon, Harlan Ellison George Clayton Johnson et beaucoup d'autres qui étaient là. lls se respectaient tous. lls se connaissaient par cœur. Ce n'est pas étonnant qu'Asimov et tous les autres "grands" auteurs de science-fiction adoraient Star Trek. Ces scénaristes montraient au monde ce que pouvait être la science-fiction. Et la science-fiction, c'était Star Trek. Quand on dit "science-fiction", on pense Star Trek.

Ray Bradbury est venu nous voir un jour. Ray Bradbury est l'un des écrivains les plus affables qui soient. Je ne crois pas qu'on l'ait jamais entendu critiquer un autre écrivain. ll est toujours très poli quand il rencontre des gens. C'est quelqu'un de très agréable. ll a examiné tous les objets et accessoires de décors et de costumes. ll a parlé poliment à tout le monde, y compris les secrétaires. On lui a fait visiter les bureaux et les plateaux de tournage, il a donné des poignées de main, complimenté tout le monde. Puis, il est rentré. Et c'était tout. A l'évidence, il n'avait aucunement l'intention de s'associer à un feuilleton télévisé. C'était en dessous de lui. Mais ce fut le refus le plus aimable qu'il est donné de recevoir.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The original series Saison 1