La vie après Star Trek : Leonard Nimoy

TOS
saison 2
Bonus

La vie après Star Trek : Leonard Nimoy

 



Leonard Nimoy - Spock - 9 décembre 2003

Ma grande passion est la photographie. J'en fais depuis des années mais je n'ai pas eu le temps de m'y consacrer pleinement. Je travaille sur un projet sur le temps. Il porte sur ma vie dans le temps et sur le temps en général. Je crée des images photographiques se rapportant à ce sujet.






Ce compte à rebours indique le nombre d'années qu'il me reste à vivre. Exactement 5 400 jours, 13 heures, 9 minutes et 10 secondes, et ça continue de défiler. C'est un compte à rebours. A partir de ça, j'ai commencé à travailler sur l'idée d'un essai photographique sur mon temps et le temps en général. Le sujet est vaste et je ne sais pas si ça va marcher ni ce que ça va donner. Mais j'ai réuni quelques photos, pour commencer... et je travaille là-dessus.
 

 

J'ai pris ces photos il y a environ deux mois pour commencer à travailler sur cette idée de temps. Il y en a 24, c'est à dire une pellicule que j'ai entièrement utilisée en 1 heure, ici au studio. Le principe était le suivant : le modèle, un professeur de yoga, qui pratique le yoga, devait faire des exercices pendant une heure sans faire attention à moi. L'appareil photo était posé sur un trépied et je le déclenchais toutes les deux minutes et demie, quel que soit ce qu'elle faisait ou ce que je voyais. Je ne regardais pas toujours. J'avais un réveil. Quand il sonnait, j'appuyais sur le déclencheur. Là, c'est à deux minutes et demie, là, à cinq, sept et demie, etc. Je n'en contrôlais pas le résultat. J'avais cadré sur elle, lui avait donné une table et un rideau et dit : "Allez-y". La plupart du temps, je ne regardais pas. Je la voyais faire des choses qui auraient fait une belle photo, mais si les 2,5 minutes ne s'étaient pas écoulées, j'attendais. C'est elle et le réveil qui faisaient tout. Elle aussi se posait des questions sur le résultat, mais elle n'entendait pas le déclic et donc elle devait continuer. On ne contrôlait pas le résultat.
 

 

Ceci est une coquille d'œuf. Il s'est passé quelque chose. A mes yeux, ça raconte quelque chose sur le temps. Je ne sais pas encore quoi. C'est la version abstraite de ce dont on parle. Mais cette photo contient un élément temporel. Comme vous le voyez, j'étudie la question. Je cherche.
J'essaie de trouver le moyen de faire des autoportraits dans ce contexte. C'est le tout premier autoportrait qui se rapporte à ce thème. La lumière est pour moi une force de vie. C'est l'énergie. Dans la photo et dans la vie, c'est une métaphore de l'énergie et de la vie. Le visage est en mouvement. C'est aussi une exposition au temps. J'ai ouvert l'objectif et me suis tourné vers l'appareil avant qu'il ne se ferme. On a donc une impression de mouvement. Cet appareil photo appartenait à ma famille. Je l'ai utilisé pour prendre cette photo. C'est mon grand-père. Il y a environ 60 ans, pendant la guerre, obtenir des pellicules était difficile. Elles étaient rares, mais on pouvait parfois en avoir de mauvaise qualité. Le gouvernement utilisait toutes les bonnes pour la guerre.
Je n'ai pas fait beaucoup de belles photos. Je faisais mes premiers pas. Puis je m'y suis mis sérieusement après les trois saisons de Star Trek et deux saisons de Mission impossible. La télévision m'avait épuisé. Cinq ans à faire des séries m'avaient suffi et je voulais changer de carrière. Je suis donc allé à l'UCLA et me suis mis à étudier. J'ai décidé de faire de la photo d'art et non pas de la photo commerciale. Etant donné que je ne pouvais pas vivre de ça, j'ai décidé de continuer à travailler. Mais au cours des sept ou huit dernières années, j'ai mis l'accent sur la photo.
 
 

 

 

Shekhina

Tout a commencé avec une photo. Je l'avais faite pour une collection dont j'avais entendu parler. Une collection qui portait sur la main de l'homme. J'ai fait cette photo pour Henry Buhl, le propriétaire de la collection. Cette photo est une version de ce geste. Ce fut le point de départ. C'est devenu le signe du salut vulcain dans Star Trek. Il vient d'une expérience que j'ai vécue à l'âge de 8 ou 9 ans, au cours d'un service religieux, alors que le prêtre des tribus israélites bénissait la congrégation. Il dit : "Que le Seigneur vous bénisse et veille sur vous, que sa lumière vous illumine, que sa miséricorde vous accorde la paix." Quand ils prononcent ces paroles, ils font ce geste, les deux mains en direction de la congrégation. Mon père me dit : "Ne regarde pas." Tout le monde se cachait les yeux et la tête. Mais j'ai regardé, j'avais 8 ans. J'ai vu ces hommes faire ça. J'étais fasciné. Je ne savais pas ce que ça voulait dire. C'est la forme d'un caractère hébreu : la lettre Shin. Elle correspond au son "ch" dans l'alphabet hébreu. C'est la première lettre de Shaddai, le nom du Tout-Puissant. Donc, ils bénissent la congrégation en faisant le symbole du nom du Dieu avec les mains comme ça. Ils psalmodient et ils crient. C'est très théâtral et très passionné. Ça m'a marqué, et je m'en suis souvenu, sans vraiment comprendre. J'ai su plus tard que c'était la lettre Shin, mais je n'ai su que beaucoup plus tard pourquoi il ne fallait pas regarder. J'ai posé la question à notre rabbin il y a huit ou neuf ans. Il a dit qu'il ne fallait pas regarder car la croyance veut que quand ils récitent cette prière et font ce geste, ils invoquent la Shekhina, qui est le côté féminin de Dieu. Elle entre dans le sanctuaire afin de bénir la congrégation. La voir est dangereux : la lumière et la puissance dégagées par sa présence pourraient être fatales. On pourrait mourir ou du moins être blessé. Alors les gens se cachent les yeux. Moi, j'ai regardé et j'ai survécu. Mais quand j'ai entendu cette histoire, elle m'a fasciné. C'est une idée spirituelle merveilleuse. J'ai envisagé de l'exprimer au travers de photos. Voici une autre version avec des mains humaines, la version avec les deux mains. J'ai commencé en photographiant une silhouette féminine. J'ai essayé d'intégrer la lettre Shin à certaines photos. Comme ici, par exemple, elle a un Shin sur le bras. J'ai commencé à mettre cette lettre sur certaines de mes photos. Ce fut un point de départ. Entre le moment où j'ai décidé de travailler sur l'idée de la Shekhina et celui où on a eu un livre, trois ans se sont écoulés. Un projet assez intense. Il m'a demandé du travail.
 
 

 

LA CHAMBRE NOIRE

Ici, je suis tranquille, au calme et je peux être créatif. Je n'éprouve ça nulle part ailleurs. Au cours de ma vie d'acteur et de réalisateur beaucoup de gens et de communication sont intervenus. Il y avait des échanges, les gens émettaient des opinions sur tel et tel sujet. Mais ici, je suis le maître de la chambre noire. C'est moi qui maîtrise le résultat, et que ça réussisse ou que ça échoue, ça ne dépend que de moi. Donc ça me donne un sentiment d'intimité, le sentiment qu'il s'agit de mon propre processus créatif, et c'est très satisfaisant. Et puis je peux tenir le résultat final dans la main, contrairement aux acteurs. On ne peut pas tenir sa prestation dans la main. On peut avoir la cassette vidéo ou le DVD, mais ce n'est pas pareil. Ça devient un objet, quelque chose qu'on peut accrocher au mur ou donner à un ami ou à sa famille. C'est très important pour moi. Je vais développer la photo de ce geste. Les deux mains. Je la projette sur cette surface, sur un morceau de papier sensibilisé, puis je la développe. Bon, le négatif est en place, je vais l'allumer. C'est moi qui ai fait faire ce découpe-bordures. Il est pratique. Je sais comment m'y prendre et je fais ça ici. Ça me fait gagner beaucoup de temps. Et voilà !
 
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The original series Saison 2