S'aventuer : troisième saison

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saison 3
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S'aventuer : troisième saison

 

Leonard Nimoy - Spock - 9 décembre 2003

Nous avions un public passionné, même s'il était restreint, mais le public qu'on avait était fidèle et loyal à la série. A la fin de la 2ème saison, on nous a retirés de l'antenne. NBC reçut 110 000 lettres en trois semaines. Ils changèrent donc d'avis et programmèrent la 3e saison. Pour tenter d'endiguer tout ce courrier, ils annoncèrent à la fin d'un épisode qu'une autre saison de Star Trek allait être diffusée. Ils nous ont mis le vendredi à 22h00 pensant que c'était le mieux à faire vu que personne n'allait regarder. Pour prouver qu'ils avaient raison ! La 3ème saison a été difficile, et je savais, c'était la fin.
 

 

William Shatner - Kirk - 15 décembre 2003

On m'a dit que  cette campagne d'envoi de lettres avait été très organisée. Mais ce genre d'action ne fera pas plier le chef d'une chaîne de télévision qui perd de l'argent sur une série et ne peut le justifier auprès de ses supérieurs. Ou de ses actionnaires. Que dire, lorsqu'une série n'attire qu'un faible public ? Je ne suis pas certain que les lettres y aient été pour quelque chose. Ils ont plutôt dû se demander s'il fallait l'annuler et ce qu'ils pouvaient bien mettre en place.
 

 

Bjo Trimble - auteur - 18 mai 2004

On a téléphoné à Gene Roddenberry pour savoir s'il voulait sauver la série, parce que si ce n'était pas le cas, ça ne servirait à rien de se remuer. Il avait dit à son équipe : "Si seulement on pouvait contacter nos fans pour leur expliquer la situation, ils pourraient peut-être nous aider. Alors on a adopté l'idée de lancer une campagne d'envoi de courrier. Il faut vous replacer dans le contexte : il n'y avait pas d'ordinateurs. On a tout fait à la main sur de vieilles machines à écrire, parce que les centres de photocopi étaient une chose encore récente et que cela revenait cher à la page. Gene est resté en dehors de ça, pour que NBC ne puisse pas l'accuser. Ils l'ont fait de toute façon. On a tout fait nous-mêmes, avec l'aide des fans. Les fans nous envoyaient des feuilles entières de timbres. Ils venaient manger des spaghettis et organisaient des soirées "collage". Quand la 3ème machine a rendu l'âme, il a tout fallu plier à la main. On a un jour fait le calcul : 20 000 lettres sont parties de chez nous. Les étiquettes étaient tapées à la machine. De la folie pure. Et ça a marché. On a bombardé NBC de tellement de lettres qu'ils ont fini par diffuser un message à la fin d'un épisode : "Nous avons acheté la 3ème saison de Star Trek. Arrêtez de nous écrire." 1500 fans envoyèrent aussitôt des lettres de remerciement.
 

 

George Takei - Sulu - 14 janvier 2004

Notre audimat restait très bas, surtout à cause des programmateurs de NBC, je pense, qui se trompaient complètement sur la série. Ils ne savaient pas où nous mettre. On avait un très mauvais créneau sur la 3ème saison. Notre public n'allait pas nous regarder un vendredi soir à 22h00. Star Trek était une série intelligente, branchée, moderne. Et ce type de public n'allait pas passer ses vendredis soirs devant la télé. Justement parce qu'ils étaient intelligents, branchés et modernes. Notre audimat était donc très bas lors de la 3ème saison.
 

 

Robert Justman - producteur - 17 février 2004

Nous ne savions pas comment tirer avantage de notre popularité. Si l'on avait été plus lucides, il aurait suffit de dire : "Ces chiffres ont de la valeur. Des gens entre 18 et 39 ans regardent la série. Des élèves de secondaire et des étudiants nous regardent. C'est un détail significatif. Ce sont eux qui ont l'argent." Les étudiants et les jeunes couples. Mais on n'a pas eu cette présence d'esprit à l'époque. Par contre, d'autres séries l'ont eue par la suite. Juste avant que ne commence la 3ème saison, Gene s'était résigné à l'idée que la série n'aurait jamais assez de succès pour convenir aux critères d'une chaîne. Il a tout laissé tomber. Il est juste resté producteur exécutif. Il s'est penché sur d'autres séries. Pour nous, concrètement, cela signifiait que nous l'avions perdu, et avec lui partaient l'attrait, la subtilité et le dynamisme qu'il insufflait au projet. Il ne restait rien.
 

 

Leonard Nimoy

Gene et moi étions amis, au début. Ensuite, c'était de l'amour-haine. Je le respectais, il me respectait, on se détestait. Nous nous disputions tout le temps, comme dans une relation père-fils. Et j'ai compris pourquoi. J'étais plein d'épines. J'étais toujours là : "Il faut améliorer ça. Ça ne va pas." Au départ de Gene en fin de 2ème saison, un autre producteur a repris le flambeau. C'était un homme de métier, mais il n'a pas saisi l'âme de la série. Il voulait prendre un autre tournant parce qu'il pensait qu'il saurait rendre la série plus commerciale. On n'arrêtait pas de se disputer, parce que je pensais vraiment qu'on courait à notre perte.
 

 

Walter Koenig - Chekov - 17 décembre 2003

J'ignore ce qui s'est passé en privé. Avant la 3ème saison, il m'a invité chez lui, pour me dire que le personnage de Chekov allait évoluer, parce que le public l'avait bien aimé. Le courrier reçu était très positif. Chekov allait séduire des femmes et vivre des aventures sur des planètes. Mais curieusement, j'ai eu la prémonition que ça n'allait pas arriver. Et puis un jour, Jimmy Doohan, George Takei et moi posions pour une couverture juchés sur des chevaux. Existe-t-il quelque chose de plus accrocheur pour une jeune fille ? C'est assis sur ma monture que j'ai entendu dire qu'on nous changeait de créneau. On passait du lundi 20h00 au vendredi 22h00. J'ai immédiatement compris que ça allait compromettre mon rôle. Je n'avais aucun doute là-dessus. Le lundi à 20h00, les jeunes fans de Chekov étaient devant la télé. Le vendredi à 22h00, ils étaient soit de sortie, soit couchés. Je savais que j'avais perdu mon public. Le premier épisode de la 3ème saison, "Au-delà du Far West", devait être représentatif des futures aventures de Chekov. Ils en étaient encore à écrire le deuxième épisode lorsqu'on a appris qu'on perdait notre créneau, et que la fin de la série était probablement imminente.
 

 

Bjo Trimble

Peu de gens ont réalisé qu'il s'agissait d'une excellente parodie du tournage d'un film. On aboutissait à quelque chose de génial à partir d'un incident banal. Et cela permettait aux acteurs de dépasser les limites de leur personnage. J'ai trouvé que cette parodie était excellente et drôle.

Walter Koenig

Quand mon texte dépassait le "facteur de distorsion 2",  c'était un événement pour moi. J'adorais être envoyé sur une planète pour y vivre des aventures. En fait, "Au-delà du Far West" est le meilleur épisode auquel j'ai participé. On m'a envoyé en mission. J'avais un étui à revolvers, j'ai été tué, j'ai séduit une fille. Que des trucs excitants. J'avais l'impression de vraiment contribuer dans ces moments-là.
 

 

Nichelle nichols - Uhura - 15 décembre 2003

"La Descendance" est l'épisode dans lequel Kirk et Uhura se retrouvent forcés par des gens aux pouvoirs cinétiques de les divertir dans une sorte d'arène romaine décadente en faisant l'amour. Nous devions nous embrasser, nous enlacer. Personne ne savait où tout cela allait mener. Le script disait : "Kirk l'enlace et l'embrasse." Je pensais que le script serait modifié, mais la scène est restée jusqu'au dernier moment, le jour du tournage. On a joué la scène : "Capitaine, ils me font peur. N'ayez pas peur." Et puis, à la fin, on s'embrasse. "Coupez!", crie le réalisateur. Il s'adresse à... Shatner et lui dit : "Qu'est-ce qui t'a pris ?" Bill répond : "Comment ça ?" Il fait semblant de m'ignorer, mais me jette un regard entendu. Il dit : "Comment ça ?" Le réalisateur répond : "Eh bien... tu as embrassé Nichelle." Il répond : "Et alors ? C'est dans le script. Kirk, c'est moi. Uhura, c'est elle. Il la prend dans ses bras, ils tentent de résister, puis ils s'embrassent. C'est bien le but de la scène, non ?" Je suis retournée dans ma loge. J'ai dit : "Accordez-vous, moi je m'en fiche." Les gros bonnets sont arrivés. La direction et NBC. Gene Roddenberry a rejoint le lot. Ils sont tous là à tergiverser. Et ceci est un exemple du génie de Roddenberry. Gene les a écoutés et a dit au réalisateur : "Je comprends." Il a ensuite parlé à la direction et a dit : "Bien... "Que va-t-on faire ?" Bill est là : "Pourquoi ne suit-on pas le script ?" Pendant ce temps-là, j'attends. J'entre et je sort de ma loge, et on me dit que Gene Roddenberry a pris la décision "de filmer deux scènes". "On décidera demain en voyant les rushes." Le réalisateur est tiré d'affaire, la direction est contente. On va tourner deux scènes différentes. Bill veut d'abord faire celle du baiser. Le réalisateur est d'accord. On tourne la scène. Bill me prend dans ses bras et m'embrasse. Puis il dit : "Maintenant, tournons la scène sans le baiser." Puis il dit : "Attendez une seconde..." "Baiser ou pas, je trouve... que ce serait bien de montrer plus de résistance. Recommençons." Et on remet ça pendant une demi-heure. On s'embrasse de nombreuses fois. Je suis prête à succomber de rire, car je crois savoir où Bill veut en venir. Le régisseur finit par dire : "on a plus que 6 minutes pour cette scène. On ne peut pas faire d'heures supplémentaires un vendredi." Il dit : "Bill, il faut passer à la scène sans le baiser." Bill répond : "Il fallait le dire. Désolé." On tourne donc la fameuse scène. Bill m'enlace et décide de me renverser en arrière. Il se penche sur moi. On résiste et on ne s'embrasse toujours pas. Il plante ses yeux dans la caméra et louche un bon coup. Le réalisateur ne s'est aperçu de rien. Il était tellement content qu'il a crié : "Coupez ! On la garde." Personne ne s'en est rendu compte avant les rushes, le lendemain. Il y a eu un silence. Et puis les gros bonnets se sont mis à parler. Ils se sont levés et tout le monde essayait de se retenir de rire. Cette scène était évidemment inutilisable. Ils se sont levés et ont dit : "Très bien, on garde la scène du baiser et au diable le sud du pays !" Tout à leur honneur, ce fut le premier baiser interracial de l'histoire de la télé. C'est tout à leur honneur d'avoir gardé la scène. Les réactions furent incroyables. On n'a jamais reçu autant de courrier de la part des fans, ni avant, ni après. La majorité des lettres étaient positives. Quand Bill dit : "J'ai fait ça, moi ?" Je réponds : "C'est ça ! "Tu as oublié les 36 prises de la scène du baiser ?"
 

 

Robert Justman

On essayait de trouver de bonnes idées. Certaines étaient meilleures que d'autres. Je souris parce que je me souviens de l'horrible "Cerveau de Spock". Des méchants avaient enlevé le cerveau de Spock. Il fallait qu'on le récupère et qu'on le remette dans son crâne. C'était un sacré scénario. Je trouvais le début assez fou, même si le contenu n'était pas génial. J'avais lu le script. Une idée que je trouvais bonne m'est venue à l'esprit et je l'ai communiquée aux autres. Non seulement il faudrait remettre le cerveau de Spock dans son crâne, mais c'est justement son cerveau qui devrait guider l'intervention.
 

 

William Shatner

J'ai déjà mentionné cette histoire sur la grippe. Je crois que c'était dans le dernier épisode. J'ai attrapé un rhume, comme aujourd'hui, juste après avoir déclaré que je ne voulais pas perdre ma voix. Tout mon entourage se passait un virus. Un virus qui ne vous abat pas vraiment, mais qui vous attaque la voix. Et tous les acteurs l'avaient attrapé. Ils disaient : "Tu ne peux pas l'attraper." Et je ne l'ai pas attrapé. Et à la fin du tournage, je l'ai attrapé. Cela m'est souvent arrivé de ne pas pouvoir tomber malade. Par exemple, cette pièce à Broadway. Je n'ai pas raté une représentation en 2 ans. A la fin de la pièce, je me suis effondré. La relation corps-esprit existe bien. Et je vous prie de me pardonner de ne pas avoir réussi à m'empêcher d'être malade aujourd'hui. Mais de vous parler, je me sens déjà mieux. Beaucoup d'éléments entrent en compte. Beaucoup de raisons interviennent dans la décision de renouveler ou de mettre un terme à une série. Pendant deux ans, on a été du bon côté de la barrière, mais la troisième année, ils ont décidé d'annuler la série. Tout ça parce que notre taux d'écoute était insuffisant, j'imagine. Mais si mes souvenirs sont bons, la série qui nous a remplacés n'a pas fait mieux que nous dans ce créneau horaire. S'ils avaient laissé Star Trek, ils auraient plus capitalisé. Si vous repensez aux mauvaises décisions prises à la télévision, celle-ci constituerait un bon exemple. On peut dire a posteriori qu'ils ont pris la mauvaise décision.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The original series Saison 3