L'ultime frontière, chronique

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Ronald D.Moore, SCENARISTE (interview du 14 mars 2002) : Michael est arrivé avec dans l'idée de changer d'orientation. Il voulait davantage mettre l'accent sur les personnages. Laisser un peu tomber le concept de "l'extraterrestre de la semaine", et s'intéresser davantage aux personnages. Ca correspondait à l'envie des scénaristes à ce moment-là. La 3ème saison a été une saison de transition, mais à la fin, on avait établi le ton de la 4ème saison, et la 4ème saison est le résultat de cette volonté. C'est devenu "La Nouvelle Génération", le modèle de la série qui passionne la plupart et que beaucoup aiment revoir.

 

Extrait de l'épisode "EN FAMILLE" :
- En fait, tu n'es pas si arro...Tu sais, arro...
- Arrogant ?
- Oui. Arrogant. Je ne te trouve pas comme ça. Et puis, ça veut dire quoi d'abord, "arrogant fils de... " ?
- On verra ça plus tard, d'accord ?
Brannon Braga, SCENARISTE (Interview du 15 novembre 2002) : C'était fascinant parce que... "Le meilleur des deux mondes, 1ère partie", l'épisode Borg où Picard se fait assimiler, venait d'avoir été diffusé. C'était en fait le premier épisode de "Star Trek" que j'avais vraiment regardé. Cet épisode a été un vrai tournant. La série ne cessait de grimper dans l'audimat, mais c'est à partir de ce moment que beaucoup se sont pris de passion pour la série et qu'elle a décollé. Je suis arrivé juste au moment où cet épisode avait été diffusé, alors qu'ils préparaient la suite.
Michel Piller, PRODUCTEUR EXECUTIF (Interview du 22 janvier 2002) : L'essentiel, quand on dirige une équipe de scénaristes, ou pour un producteur exécutif, c'est de trouver et de former les gens qui le remplaceront.

Jeri Taylor, SCENARISTE (Interview du 17 mars 1994) A l'époque, je travaillais depuis 14 ans et j'étais réputée pour m'intéresser surtout aux personnages, aux gens, à leurs relations et à leurs sentiments. Je connaissais quelqu'un qui travaillait sur la série et qui m'a demandé si ça me plairait de réécrire un script. A la suite de quoi, il s'agissait de "Humain, soudainement", on m'a embauchée pour la 4ème saison.
Extrait de l'épisode "HUMAIN, SOUDAINEMENT"
- Jeremiah doit se lier à un homme, une image de père qui l'aidera à explorer ses origines. Je crois que ça devrait être vous, capitaine.

- Oh non, conseiller. Oh non.

- S'il veut retrouver ses racines humaines, vous êtes le seul qui pourra l'aider. Tout dépend de vous, capitaine.

Michel Piller, PRODUCTEUR EXECUTIF Je n'ai jamais... ou presque jamais embauché un scénariste sans avoir d'abord travaillé sur un script avec lui. Ce qui veut dire que je passe à côté de très bons scénaristes, mais au moins je sais ce dont est capable la personne et qu'on peut travailler ensemble.


Jeri Taylor, SCENARISTE En arrivant sur "Star Trek", j'étais ce que j'appellerais vierge.
Brannon Braga, SCENARISTE J'ai rencontré Gene Roddenberry deux fois. On a eu une brève conversation, quand j'ai commencé. Un peu gêné, je lui ai dit que je n'avais jamais vu la série classique et que je me sentais un peu perdu dans cet univers.
Jeri Taylor, SCENARISTE Je n'avais jamais vu la série classique, ni aucun des films, ni aucun épisode de "La Nouvelle Génération". Je savais vaguement que "Star Trek" existait quelque part, c'est tout.
Brannon Braga, SCENARISTE Il m'a dit de ne rien regarder. Il voulait que "La Nouvelle Génération" soit différente. Il ne voulait pas imiter la série classique. Il voulait de nouvelles voix dans la série, et m'a conseillé de ne rien regarder.
Jeri Taylor, SCENARISTE J'ai fait une étude accélérée de "Star Trek". Je suis passée du niveau école primaire au niveau universitaire en un mois environ. J'ai ramené les cassettes de "La Nouvelle Génération", et j'ai visionné les 76 épisodes qui existaient à l'époque. Puis, sur ma lancée, j'ai regardé les 79 épisodes de la série classique, ainsi que tous les films. Mon mari a appris à me dire bonne nuit après dîner. Il savait que je resterais tard à regarder des cassettes.
Brannon Braga, SCENARISTE Dans une interview, il y a 9 ans, j'ai fait l'erreur de le dire dans un magazine, et les fans ne l'ont jamais oublié. Ils voyaient en moi l'entité diabolique corrompant "Star Trek", tout ça parce que je n'avais pas vu la série classique. Bien sûr, aujourd'hui, j'ai vu la plupart des épisodes.
Jeri Taylor, SCENARISTE Quelle expérience magnifique que ce flot d'enseignement que j'ai dû assimiler rapidement. Je crois que si toute la magie de l'univers de Gene a eu cet effet sur moi, c'est que j'ai dû tout absorber si vite.
Michel Piller, PRODUCTEUR EXECUTIF Jeri Taylor avait de l'expérience et nous avait remis un très bon script. J'ai dit à Rick : "La voilà." Je n'ai pas dit qu'elle reprendrait la série, mais je savais qu'on pourrait collaborer et qu'elle serait une présence expérimentée très utile.
Jeri Taylor, SCENARISTE Michael Piller avait repris la série à la 3ème saison et il avait fait bouger les choses en imaginant des histoires plus réfléchies, plus pénétrantes, qui s'intéressaient aux gens, à leurs problèmes, à leur situation, et ce, de manière très profonde. Ca m'a mise très à l'aise. Je n'ai rien fait de particulier, si ce n'est de travailler avec Michael sur le type d'histoire qu'il voulait, et j'ai trouvé ça très gratifiant.
Ronald D.Moore, SCENARISTE (interview du 14 mars 2002) Ce que j'aime dans la série, et même dans "Deep Space Nine", ce sont les séances en équipe. Tous les scénaristes se réunissaient, un groupe disparate d'hommes, surtout, et de quelques femmes, issus de conditions sociales différentes, chacun apportant quelque chose de différent. "Star Trek" aborde les problèmes moraux et sociaux, les questions d'honneur et de devoir, etc. On se retrouvait forcément en désaccord avec quelqu'un, les avis étant bien sûr partagés sur ce qu'il fallait faire. Quel est le message qu'on veut faire passer ? Que doit faire notre héros ? Parfois, c'était au sujet de l'intrigue. On se disputait vraiment. On criait, on se traitait d'idiot. "J'ai jamais rien vu d'aussi bête." Mais c'était comme dans les dessins animés de "Wily Coyote". C'est la bagarre et puis... D'un coup, ils vont déjeuner. Nous, c'était pareil. A l'heure du déjeuner, on allait manger ensemble, on rigolait, puis ça recommençait l'après-midi. Mais jamais d'attaques personnelles. C'était là toute la beauté des séances "Star Trek". Je n'ai jamais oublié. Jamais personnel, toujours professionnel. On peut se disputer, crier, s'insulter, s'emporter, mais ça reste toujours professionnel.
Brannon Braga, SCENARISTE (interview du 15 novembre 2002) Pendant mes huit semaines de stage, j'ai vu Jeri Taylor, René Echevarria, Ira Behr... Tous ces gens ont très vite formé une équipe qui a été à la base de "Star Trek" pendant très longtemps. Certains sont toujours là.
Ronald D.Moore, SCENARISTE Il était tout jeune et comme moi, l'année d'avant, n'avait jamais eu de vrai engagement. C'était sa 1ère série télé. Le stagiaire est bien sûr tout en bas de l'échelle, et on était un peu pareil à ce niveau. On avait donc tendance à traîner ensemble. Pour son premier projet officiel, Michael a pensé que lui et moi devrions écrire "Réunion" ensemble. Donc, de nous retrouver assis côte à côte à écrire "Réunion", nous a rapprochés, en quelque sorte.
Michel Piller, PRODUCTEUR EXECUTIF Ce qu'il y a de bien quand on est entouré de jeunes et que les vieux comme moi sont fatigués, ces jeunes sont toujours prêts à passer à autre chose. Ils apportent une énergie qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Ils ne connaissent pas leurs limites et ne se censurent jamais. Brannon faisait partie de ces jeunes.
Brannon Braga, SCENARISTE C'était vraiment intéressant de voir la série décoller, de participer au phénomène, de voir la série monter. C'était également intéressant de voir se mettre en place une équipe qui allait durer très longtemps.
Extrait de l'épisode "LES FRERES"
- Comment suis-je arriv é ici ?

- Je suis venu te chercher. Enfin, façon de parler.

- Et quel est votre nom, monsieur ?

Michel Piller, PRODUCTEUR EXECUTIF Dans la 1ère version de "Les Frères", Lore était absent. Une fois l'histoire un peu étoffée, j'ai eu peur qu'il n'y ait pas assez de danger. On parlait beaucoup. Il retourne, rencontre son père. Il y a cette dynamique père-fils, mais ça ne débouchait sur aucun drame. On aurait dit que Lore exigeait de faire partie de l'épisode, qu'il nous disait qu'on ne pouvait le faire sans lui. Une fois qu'on a introduit Lore et qu'on savait que Brent Spiner jouerait Data, son père et Lore, on savait qu'on ne pouvait se tromper.
Extrait de l'épisode "LES FRERES" - Si j'avais su que tu n'étais plus en pièces détachées dans différents placards, que je n'avais qu'à presser un bouton pour te ramener ici, j'aurais passé toutes ces années à essayer de t'améliorer toi aussi. Mais j'étais seulement au courant de Data.
Ronald D.Moore, SCENARISTE Dans "En Famille", on retourne sur Terre suite aux événements du "Meilleur des deux mondes". Picard rentre en France, Wesley reçoit un message de son père, et les parents adoptifs de Worf lui rendent visite. C'était un épisode de personnages. Aucun rapport avec l'espace, aucun extraterrestre, aucun danger. Un épisode charmant que je suis très honoré d'avoir écrit. Ca nous a permis d'explorer la vie de ces personnages, pour changer, au lieu de sauver l'univers encore une fois. C'était intéressant de voir d'où venait Picard, la famille où il a grandi, les problèmes qu'il a avec son frère. En tant qu'auteur, j'ai trouvé intéressant que, de toutes les familles que l'on examine dans cet épisode, c'est celle de l'enfant adopté, Worf, qui est la plus forte. Ses parents l'ont accepté, son déshonneur leur importe peu, tandis que les autres familles sont plus ou moins dysfonctionnelles. J'ai trouvé ça sympa.
Extrait de l'épisode "EN FAMILLE"
- A moi de supporter ce déshonneur.

- Tu te trompes.

- Pardon d'être si humains, mais quelle que soit ta souffrance, sache que nous sommes là.

- Et nous sommes fiers de toi. Et nous t'aimons.

- Tu es notre fils.

Ronald D.Moore, SCENARISTE Un autre détail très étrange. C'est le seul épisode de "Star Trek" où aucune scène n'a lieu sur la passerelle. On n'y est jamais. C'était la seule fois. Apparemment, c'est devenu une question-piège qui revient toujours parmi les fans.

"L'HERITAGE DU LT YAR"

 

Ronald D.Moore, SCENARISTE (Interview du 14 mars 2002) Ca a commencé avec "L'Enterprise viendra d'hier". On avait fait revenir Denise pour tuer Tasha Yar une seconde fois. C'était l'occasion de lui offrir une belle sortie héroïïïque. Personne n'aimait la façon dont elle avait quitté la 1ère saison. Ca n'avait pas plu aux fans. A elle non plus, d'ailleurs. C'était l'occasion de la tuer "correctement".
David Livingston, REALISATEUR (Interview du 14 mars 2002) Denise Crosby est revenue et a fait une apparition dans l'épisode où elle joue la fille de Tasha Yar, dans "Rédemption". Et dans le 1er épisode que j'ai réalisé, "Vue de l'esprit", Denise fait une brève apparition. La 1ère fois qu'on la revoit. On ne voit que sa silhouette et on l'entend parler.
Ronald D.Moore, SCENARISTE A la fin de la 4ème saison, je travaillais sur "Rédemption" et Michael Piller m'appelle pour me dire qu'il vient de parler à Denise Crosby et qu'elle a une idée. "Elle est déjà morte deux fois," ai-je répondu.
Denise Crosby, Lt Tasha Yar, Sela (Interview du 21 août 1991) Ca m'est venu un après-midi. Je repensais combien je m'étais amusée la première fois dans "L'Enterprise viendra d'hier".
Ronald D.Moore, SCENARISTE Il me dit qu'elle a une idée. La Tasha de la 3ème saison aurait été capturée par les Romuliens, torturée, violée, et aurait alors eu une fille. Et Denise jouerait sa propre fille.
Denise Crosby, Lt Tasha Yar, Sela J'avais adoré tourner cet épisode et tout le monde avait aimé. Je trouvais que c'était l'un de leurs meilleurs épisodes. Je me suis alors demandé s'il n'y avait pas moyen de récidiver.
Ronald D.Moore, SCENARISTE "Super. Merci, Mike." J'ai repris le travail en me disant : "C'est de la folie."
Denise Crosby, Lt Tasha Yar, Sela J'y ai bien réfléchi, j'ai veillé à ce que ça tienne bien debout, puis j'ai présenté mon idée aux producteurs.
Ronald D.Moore, SCENARISTE C'est le genre d'idée toute bête qui vous reste dans la tête et je me suis mis à penser : "Cool. C'est notre fin à suspense." C'est devenu mon obsession. C'est devenu l'histoire de Sela. Et soudain, voilà que Denise revient une troisième fois.
Extrait de l'épisode "REDEMPTION, 1ERE PARTIE" - ll ne faudrait pas oublier Jean-Luc Picard si vite. C'est un humain. L'humain a l'habitude d'apparaître quand on s'y attend le moins.
"LES SCENARIOS KLINGONS"


Extrait de l'épisode "LES PECHES DU PERE"
- Toi aussi... ..mon frère.
Ronald D.Moore, SCENARISTE (Interview du 14 mars 2002) C'est l'épisode qui m'a valu la réputation d'expert Klingon. J'étais le scénariste Klingon. Mon 1er épisode était sur Worf, puis on m'a demandé d'écrire "Les Péchés du père". La plus grosse décision qu'on ait prise dans cet épisode, c'est la fin qu'on a choisie, lorsque Worf encaisse et décide d'accepter son déshonneur même s'il sait que c'est faux. Mais il le fait pour l'Empire. On sent à la fin que Worf a changé. Que va-t-il se passer ensuite ? Et d'un seul coup, ça a eu un effet sur l'ensemble de la série. Il y avait une histoire à suivre. La série avait fait très attention à ne pas tomber dans ce travers. Les épisodes étaient tous indépendants les uns des autres, mais dès que Worf sort de cette enceinte sacrée avec son déshonneur, une suite s'impose. Voilà pourquoi on a fait ensuite "Réunion" et "Rédemption". Tous les épisodes autour de Worf sont nés de ce moment. Ca a également ouvert la porte à l'idée qu'on pouvait peut-être avoir des trames récurrentes. C'est donc un épisode essentiel dans la structure globale de la série.
Extrait de l'épisode "REUNION"
- Bonjour, Capt Picard.

- Ambassadeur K'Ehleyr. Quelle bonne surprise.

- Heureuse de vous revoir, capitaine. Lt Worf.

Ronald D.Moore, SCENARISTE Dans "Réunion", l'idée, c'était de faire revenir K'Ehleyr. K'Ehleyr était une Klingonne avec laquelle Worf a plus ou moins eu une aventure dans la 2ème saison. Elle était très appréciée des fans et des scénaristes. Tout le monde s'était épris du personnage et voulait la retrouver. On a donc associé cette idée à l'histoire de Worf laissée en suspens.

 

Extrait de l'épisode "REUNION"
- Non. Je ne peux te laisser souffrir mon humiliation.

- Souffrir ? Que m'importe ce que les autres Klingons pensent de toi.

- As-tu pensé au garçon ?

Ronald D.Moore, SCENARISTE De faire revenir K'Ehleyr avec le fils de Worf a donné à l'épisode une touche très humaine, très émotionnelle, avec ce petit Klingon. Tuer K'Ehleyr n'était pas sans conséquences. On ne tue pas souvent des personnages principaux et c'était un personnage assez important de la série. Worf se retrouve père célibataire. Ce qui le change à nouveau complètement.
Extrait de l'épisode "REUNION"
- Es-tu mon père ?

- Oui. Je suis ton père.


Haut de page Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The Next Generation Saison 4