Le discours de l'extra-terrestre

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Discours de l'extra-terrestre



Mike Okuda, responsable scénique (interview du 4 avril 2002) : Pour inventer un langage. D'un côté, on veut que ça fasse bizarre. La biologie et la culture sont différentes des nôtres. Mais d'un autre côté si c'est trop bizarre, on tombe dans le ridicule. Ou pire, ça ne ressemble pas du tout à de l'écriture. Il faut trouver le juste milieu. En même temps, il faut que ça reflète aussi la culture. on se demande également comment on va construire les panneaux de contrôle. Cette technique-ci se prête bien à tel ou tel concept. Si l'on choisit une autre technique, le concept sera différent. On prend en compte toutes sortes de considérations pratiques. Puis on laisse le reste à son imagination, sans dépasser les délais très courts qui nous sont imposés. Les langues terriennes ont évolué sur des millénaires. On a rarement plus d'une demi heure. Il y a plusieurs langues écrites vulcaines. Il n'y en a jamais eu dans la série classique. La première fois, c'était sur le flanc d'une navette dans "Star Trek I". Un seul mot "Surak". Malheureusement, ça ne se voit pas très bien à l'écran. Puis dans un des films qui suivent, il y a des symboles intéressants sur la tunique de Spock. Des symboles dont on se sert encore aujourd'hui. Mais la première fois qu'on a un exemple complet de Vulcain écrit, c'est dans l'épisode où Leonard Nimoy fait une apparition dans "La Nouvelle Génération". Il y avait ce volume de sagesse vulcaine ancienne. J'ai alors repris ces symboles sur la tunique de Spock. En essayant de m'imaginer à quoi ressemblerait la version manuscrite. "A quoi ça ressemblerait écrit en script ?" A moi, ça évoquait des notes de musique. J'ai alors eu l'idée d'une série de notes de musique liées. Je me suis assis à mon bureau, un soir et j'ai rempli tout un livre de ce style d'écriture. On s'en sert toujours dans la nouvelle série "Enterprise".

Le romulien est inspiré des langues asiatiques. Les symboles verticaux ressemblent vaguement aux kanji japonais. Les symboles ont été imaginés par Monty Thrasher, qui, à l'origine, avait suggéré une langue, reposant entièrement sur un affichage digital à sept segments. En regardant bien, on s'aperçoit que les idéogrammes sont composés de sept traits. On a ajouté quelques fioritures. Mais c'est l'idée de base.

Le meilleur des deux mondes

La culture borg, c'est une culture toile d'araignée vorace qui absorbe les gens. L'image que j'avais en tête, c'était un grand bol de spaghettis verts qu'on renverse par terre et dont on prend une photo. Je voulais montrer un réseau complexe d'éléments. Comme si, lorsque les borgs pensent, ils pensent à une multitude de niveaux, tous interconnectés. Je voulais montrer complexité et sophistication.

Les péchés du père

Cet épisode relance toute la saga klingonne, toute l'intrigue fondée sur Worf. Le service graphique s'en est donné à coeur joie. Nous en savions déjà beaucoup sur leur système de communication. C'est déjà très présent dans le premier film et même dans la série classique. On est donc partis de ces éléments connus qu'on a extrapolés, et on en a inventé d'autres. On a fabriqué des portes, des écrans d'affichage klingons. Des transmissions de données. Ce genre de choses. Et tout ça dans un décor absolument fantastique.


LE LINGUISTE KLINGON



Marc Okrano, linguiste (interview du 21 août 1991) : Le Klingon s'inspire...des éléments du 1er film. A part les noms, on n'a jamais parlé Klingon dans la série classique. On l'entend parlé pour la 1ère fois dans le 1er film. Au tout début, on voit ces trois vaisseaux klingons. L'un après l'autre, ils se font descendre. L'un des commandants, interprété par Marc Lenard parle Klingon.


Je n'ai rien fait sur le 1er film. C'est James Doohan qui a inventé le klingon. Scotty. Personne ne le sait, mais c'est lui qui est à l'origine de cette langue. Pour le 3ème film, je suis parti des mots qu'il avait inventés. Une demi-douzaine de mots. Ce mot-ci est un ordre. Voila qui détermine la forme impérative. J'ai développé cela. J'ai ajouté des sons, une structure grammaticale, en n'oubliant pas de tout noter. Au lieu d'avoir un fatras désordonné de sons, on a là une vraie langue, avec de vrais mots et une grammaire. Lorsque j'oublie les règles, je consulte mon carnet. Je veillais à ce que tout le monde le parle correctement. Il y a des règles à suivre. S'ils faisaient une erreur, je changeais la règle sur le champ, pour que tout reste cohérent dans ma tête.


J'ai un doctorat en linguistique de l'université de Californie. J'ai d'abord étudié à l'université de Santa Cruz. J'étais spécialisé en langues amérindiennes, principalement celles de Californie et de la baie de San Fransisco. J'ai également étudié les langues du sud est asiatique, le chinois.


J'ai fait les dialogues de trois épisodes de "La Nouvelle Génération". J'ai aussi écrit un livre. A la sortie de "Star Trek III", j'ai écrit "Le Dictionnaire klingon". C'est un dictionnaire. Avec toutes les définitions et la grammaire. Il ne se limite pas aux mots qu'on entend dans le film, sinon le livre ne serait pas bien épais. Pour la série, ils ont repris ce dictionnaire. Ils y piochaient leurs phrases. Je ne dirais pas que tous les mots klingons dans "La Nouvelle Génération" sont de moi. Mais il y en a pas mal que j'ai inventés pour la série, ou qui sont tirés du dictionnaire.

Michael Dorn, lieutenant Worf (interview du 23 mars 1994) : Le seul mot dont je me souvienne, c'est nuqneH, le bonjour klingon. Ca veut dire : "Que voulez-vous ?"
Marc Okrano, linguiste (interview du 21 août 1991) : On n'a pas travaillé ensemble dans la série, mais dans le 6ème film. Il ne parle pas klingon dans ce film, il n'a que des noms à dire. Mais dans la série, c'est mon texte. Il m'a raconté une anecdote intéressante. Avant l'audition, quelqu'un lui avait offert mon "Dictionnaire klingon". Il l'a lu. A partir de mes descriptions du comportement klingon, il a développé un personnage, et il a eu le rôle. Je suis fier d'avoir pu l'aider à obtenir le rôle.


Je suis arrivé sur le tournage de ''Star Trek VI'' un jour. A peine arrivé, Nick Meyer est venu me dire : "Il faut que tu nous traduises une phrase en klingon." "Quoi donc ?", ai-je demandé. "Etre ou ne pas être." "Tu plaisantes !" "Non, je suis sérieux." "D'accord." C'est intéressant. Quand j'ai inventé la langue, pour faire plus bougon, j'avais décidé de supprimer le verbe "être". Ca a très bien marché jusqu'à ce jour-là. J'ai réfléchi au vrai sens de la phrase. Ca donne "Vivre ou ne pas vivre". Nick a trouvé ça bien. Et ça donne... J'en parle à Christopher Plummer, dont c'était la réplique. "Ca ressemble trop au 'Goon Show'," me dit-il. Une ancienne émission de radio de la BBC avec Peter Sellers. Ils parlaient comme ça. Selon lui, ça ne passerait pas. On a donc modifié la phrase. C'est devenu "Continuer ou ne pas continuer." La scène où il prononce cette phrase... On a dû la refaire 15 ou 16 fois. Tout le monde sur le plateau la connaissait par coeur à la fin. Je me souviens avoir pensé : "C'est incroyable !" Ce serait formidable de travailler comme linguiste sur un film. Etre linguiste sur "Star Trek", c'est fantastique. Ce n'est pas que du cinéma ou de la fiction. Ca fait partie de la mythologie américaine, du quotidien. Tout le monde connaît : "Téléportez-moi, Scotty." Même ceux qui n'ont jamais vu la série.


Haut de page Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The Next Generation Saison 5