Hommage au capitaine

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Patrick Stewart, Capt Picard (Interview du 23 août 1991) "Star Trek" est une série qui porte toute une idéologie. C'est formidable de pouvoir incarner une idéologie à laquelle on croit. A part ça, j'ai pris du plaisir à regarder mes collègues jouer. Nous avons une superbe distribution. Semaine après semaine, la classe, la qualité et le niveau de leur jeu est impressionnant. Chaque fois que je regarde la série, je suis enchanté par leur capacité à me surprendre par la qualité de leur jeu.

 

Patrick Stewart, Capt Picard (Interview du 19 novembre 2001) Avant le début du tournage de la série, on était tous en conférence de presse et en interview. J'étais assis comme ça, dans mon fauteuil, à répondre aux questions. LeVar, que je n'avais rencontré que très peu de fois à l'époque, est venu me voir après l'interview et m'a dit : "Soupe aux concombres". "Pardon ?" lui ai-je répondu. "Vous êtes aussi cool qu'une soupe aux concombres." Personne ne m'avait encore fait un tel compliment. J'étais très flatté. LeVar a le rire le plus contagieux que je connaisse. Quand il rit, c'est vraiment de bon coeur. J'adore LeVar. C'est un acteur extraordinaire, un très bon réalisateur et un ami. La première chose qui m'a marqué chez lui, et tout le monde sait... ll n'y avait que deux acteurs connus du public dans le casting choisi pour la série. LeVar Burton et Wil Wheaton. C'étaient déjà des stars. J'avais mis une inscription sur la porte de ma loge qui reprenait la première phrase du "LA Times" à mon sujet : "Acteur shakespearien britannique inconnu." C'était sur ma porte. "Attention : acteur britannique inconnu."

J'ai un rapport très spécial avec Marina. C'est l'autre Anglaise de la série. Ca nous a énormément rapprochés. On se faisait souvent chambrer par les autres acteurs à cause de notre drôle d'accent, de notre passé, de nos traditions. Mais entre Marina et moi, ce n'était pas toujours la grande entente. Elle soutient Tottenham Hotspur et moi Huddersfield Town, mais au moins, on avait le foot en commun, et je l'adore. C'est une femme tout à fait formidable.

Gates et moi étions tous les deux issus du théâtre, et nous avions certains contacts professionnels qui se recoupaient, certaines personnes, certaines méthodes. On avait donc ça en commun. Au début, Gates et moi allions au théâtre ensemble. C'est quelqu'un de passionné et de déterminé. Rien n'aurait pu me faire plus plaisir que de la voir revenir dans la 3ème saison.

Dès le départ, j'ai eu beaucoup d'estime pour Wil. Comme Picard, j'étais réticent à l'idée de jouer avec un enfant. Mais il s'est montré tellement sérieux, vraiment doué, désireux d'apprendre et de s'améliorer. Wil me donnait envie de l'aider à libérer ce formidable talent que j'avais vu en lui. Je n'ai jamais eu l'impression de travailler avec un enfant. C'était un acteur comme les autres. ll avait la sensibilité d'un acteur. ll lui manquait juste l'expérience. ll n'avait pas encore énormément de rôles à son actif. Mais j'ai travaillé avec bien des acteurs plus âgés qui n'avaient ni son dévouement ni son professionnalisme. Même si parfois, il pouvait être... C'était un gamin, après tout. ll m'a manqué quand il est parti faire d'autres choses.

Bien sûr, au départ, nous étions neuf, Wil faisant partie du casting d'origine avant de nous quitter. Mais bien sûr, Denise Crosby a été un membre important de l'équipe. Elle nous a quittés avant la fin de la première saison. Son départ a transformé toute la dynamique de l'équipe. ll serait intéressant de voir quelle aurait été cette dynamique si Denise était restée. Elle nous a manqué. A l'époque, on a mal pris son départ. Son personnage avait beaucoup de succès et il avait pris de l'importance à bord du vaisseau. Néanmoins, cela a permis au personnage de Worf d'évoluer, en remplaçant Tasha Yar à la tête de la sécurité. Elle est revenue sur quelques épisodes absolument fantastiques. Mais la série aurait évolué différemment si Denise était restée.
Michael est arrivé plus tard sur le tournage. On lui rappelle sans cesse qu'il ne faisait pas partie du casting original. ll est arrivé après coup. Donc on aime lui rappeler qu'il ne fait pas vraiment partie du noyau dur de l'équipe. Je trouve, et c'est aussi vrai pour Brent, que Michael a fait un travail extraordinaire sur Worf. C'était un officier de la sécurité klingon. Ce qui lui laissait une marge de manoeuvre très étroite. Mais regardez l'évolution du personnage. L'envergure et la profondeur qu'il a apportées au personnage et particulièrement cette touche d'humour essentielle qui existe dans les films grâce au personnage de Worf. Un personnage riche et très, très comique. Michael a cet humour sérieux et pince-sans-rire extrêmement communicatif. Notre relation était orageuse, ce n'est un secret pour personne. On se criait beaucoup dessus, les insultes volaient. Mais on ne le faisait que pour faire impression, c'est tout. Le jeu forcé de Michael est connu, et tard le vendredi soir... Quand on tournait les scènes sur la passerelle, on filmait les plans d'ensemble, puis les plans individuels en commençant par les personnages du devant. Dorn étant toujours perché à l'arrière de la passerelle, il se retrouvait toujours le dernier sur le plateau. Nous, nous avions déjà troqué nos costumes pour une paire de jeans. On s'alignait tous devant lui et on ne lui facilitait pas la tâche. La plupart du temps, je dis bien la plupart, il était bon joueur. Je me souviens, une fois, sur le plateau, c'était idiot, maladroit et innocent, même si ce n'est pas une excuse, j'ai fait une remarque à caractère raciste. A l'époque, je n'ai pas réfléchi.
Mais la remarque était blessante pour LeVar et pour Dorn et ils n'ont pas laissé passer ça. C'est une chose qui m'inspirera toujours beaucoup de respect, qu'ils soient venus me dire ce que j'avais fait. Et j'ai été horrifié, bien sûr. Ca ne m'était pas venu à l'esprit que j'avais pu être blessant, c'était juste une blague. J'ai mis du temps à m'en remettre, mais cela reflète bien la nature des rapports entre nous. lls n'ont pas eu peur de venir m'en parler.

Je passais la plupart de mon temps avec Jonathan et Brent, étant donné qu'on avait beaucoup de scènes ensemble. On chantait beaucoup. On adorait chanter tous les trois. On passait notre temps à amuser l'équipe et tous les autres acteurs. Brent, bien sûr, c'est le véritable chanteur du trio. Jonathan et moi finissions toujours la semaine en salle de conférences. lls laissaient ces scènes-là pour la fin de la journée. Ensuite, ils pouvaient laisser les gens partir. lnvariablement, à la fin d'une semaine épuisante, Jonathan et moi nous retrouvions avec des pages de dialogues en salle de conférences. Mais il restait solide comme un roc, une énergie, une force inépuisables. Et un grand farceur également.

ll m'a fallu plus longtemps pour apprendre à connaître Brent. Mais aujourd'hui, un lien très profond nous unit. Beaucoup de respect et d'affection. Son jeu d'acteur est tout simplement extraordinaire. Et j'ai eu la chance de le voir dans d'autres rôles et sur une scène de théâtre, il est tout simplement remarquable. Ca donne l'impression qu'on se jette tous des fleurs. C'est écoeurant. Mais vous m'avez demandé de parler d'eux... Répondre au téléphone et entendre l'un d'eux à l'autre bout du fil, recevoir une lettre ou un télégramme le soir d'une première... Rien ne pourrait me faire plus plaisir.

A mes yeux, les six autres acteurs, parce qu'il y a à présent un noyau dur de sept acteurs, ils forment une équipe... Je vais vous raconter une anecdote. Je jouais dans une pièce de théâtre en Angleterre, cet été. A la fin de la pièce, le personnage que j'interprétais, qui meurt au début de la pièce et se voit offrir la chance de revoir toute sa vie, conclut que sa vie a été un échec. Au niveau familial, professionnel et personnel. Et tout le long de la pièce, on lui montre petit à petit que sa vie n'était pas si mal. C'est juste un travailleur ordinaire. Et finalement, à la fin de la pièce, je suis seul sur scène, avec mon fils qui me dit : "C'est l'heure de se dire au revoir." Et le réalisateur, derrière moi sur cette immense scène, fait venir tous les personnages de la vie de cet homme. Ils sont dans le fond de la scène, se retournent et me regardent. Il n'y avait pas de dialogue, mais à cet instant, le personnage doit dire au revoir à sa vie et poursuivre sa route. Et tous les soirs, et encore aujourd'hui, ça me touche, je regardais dans la salle et je voyais mes six amis de Starfleet et je m'imaginais en train de leur dire au revoir. Et ça marchait, comme un rêve à chaque fois. Je me sens proche d'eux à ce point.


Haut de page Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD The Next Generation Saison 7