Aller à l'encontre de l'inconnu : la saison 1

Rick Berman, producteur exécutif, 30 juin 2003

La nouvelle génération en était à sa quatrième année, quand Paramount a voulu une 2e série qui passerait en même temps, et cette deuxième série fut DS9. Puisque DS9 et La Nouvelle Génération avaient tous les deux bien marché simultanément, il fut décidé par les hautes instances que si deux séries pouvaient passer en même temps, il serait peut être bien d'en avoir une troisième qui succéderait à TNG. Deux années passent, et soudain, on me demande de développer une nouvelle série. Pour Deep Space Nine, j'avais choisi de travailler avec Michael Piller et pour créer cette nouvelle série, j'ai décidé d'inviter Jeri TayIor, une autre productrice sur TNG, pour que tous les trois mettions au point cette série.
 

Michael Piller, producteur exécutif 19 septembre 2003

Tout a commencé lorsque Rick m'a demandé "Aimerais-tu faire une autre série ?" J'ai pensé alors : "Comment dire non à une offre pareille ?" Mais deux choses me tenaient particulièrement à coeur. D'abord, je ne voulais pas faire toute ma carrière dans l'univers Star Trek. Je voulais donc créer une série, puis la confier à de bons scénaristes. J'ai dit à Rick qu'il fallait faire venir Jeri TayIor. Elle avait fait un travail remarquable pour TNG. D'autant plus qu'on s'était mis en tête d'avoir une femme pour capitaine. Rien n'avait été approuvé encore. Ca paraissait aller de soi  de faire appel à Jeri pour ne pas laisser deux types de New York imaginer la femme capitaine du XXIVe siècle.
 

Jeri Taylor, producteur exécutif, 8 novembre 1994

On est sur le même pied d'égalité, on a tous le même intitulé de poste. Il s'agissait donc simplement de redéfinir nos relations. C'était une perspective très intéressante. Rick et Michael avait eu l'occasion pour DS9 d'arriver à un équilibre entre eux, ce qu'ils ont très bien réussi. J'avais du mal à rester dans la course et je devais me répéter que mon avis comptait également.

Michael Piller

La décision de faire venir Jeri s'est avérée la bonne. Jeri a pu donner à Janeway compassion et féminité et nous avons formé une merveilleuse équipe.

 

Rick Berman

La Nouvelle Génération avait été créée par Gene Roddenberry, un capitaine et son équipe à bord du vaisseau Enterprise comme dans la série classique. Pour DS9, il fallait faire autre chose. L'action ne se déroulait plus sur un vaisseau. mais sur une station, dans une région dangereuse de l'espace, ce qui nous a permis de développer des personnages secondaires, chose impossible à faire lorsqu'on est coincé sur un vaisseau.
Quand est arrivé le moment de créer Voyager, on s'est rendu compte qu'on pouvait revenir au vaisseau puisque la série passerait en même temps que DS9. Mais on savait qu'il fallait que quelque chose change. Il a donc été décidé que le capitaine serait une femme, que le vaisseau serait catapulté à l'autre bout de la galaxie et qu'il aurait pour formidable tâche de rentrer chez lui.
 

Jeri Taylor

La démarche a été longue et épuisante, très difficile artistiquement, mais finalement très gratifiante. Rick Berman, Michael Piller et moi passions 3 h chaque semaine... On se faisait apporter notre déjeuner et tous les trois dans le bureau de Rick, on laissait les idées fuser.

Michael Piller

Rick et moi avions trouvé notre propre rytme en travaillant sur DS9 et TNG. Il a fallu quelque temps à Jeri pour s'adapter. Et puis, elle a fini par s'affirmer : "Je ne suis pas d'accord avec vous." Cette nouvelle dynamique était intéressante. Parce que Rick et moi réglions nos différends tout seuls jusque-là. Et là, il y avait une 3e voix pour nous départager. Parfois, elle était d'accord avec l'un et parfois avec l'autre. Ca nous faisait ronchonner. Chacun se battait pour avoir le contrôle sur les décisions.

Jeri Taylor

On a mis des semaines à trouver ne serait-ce que les personnages. Tant de personnages formidables existaient déjà, nous ne voulions pas nous répéter. On avait une idée. Puis on trouvait que ça ressemblait trop à Data, Odo ou Worf. Trouver le bon équilibre de personnages en terme de sexe et d'espèces extraterrestres a été très très long.
Ils se sont montrés très courtois et très à l'écoute. Je me suis sentie respectée et honorée tout du long. Ca a été une expérience gratifiante et artistiquement délicieuse.
 

Michael Piller

On s'est souvenus des épisodes ou Q catapultait un vaisseau dans une autre région de l'univers. Il fallait alors trouver un moyen de rentrer. Mais à la fin de l'épisode, on rentrait de toute façon. Mais durant l'un de nos déjeuners, on s'est demandé ce qui arriverait si on ne rentrait pas.

Jeri Taylor

On savait que c'était risqué. On a décidé de façon très calculée, de couper tous liens avec ce que nous connaissions. C'est très dangereux. Plus de Starfleet, plus d'amiral pour nous guider, plus de Romuliens, de Klingons, de Ferengis, de Cardassiens... Tout cet éventail de méchants, à la fois aimés et haïs du public, disparaît alors. Ce n'est pas évident.

Michael Piller

L'idée nous plaisait énormément. Mais elle n'a pas été facile à vendre au studio. Là encore, l'influence de Deep Space nine a fait qu'ils ont eu pour qu'un vaisseau seul dans l'inconnu soit une idée trop sombre, trop triste, trop déprimante.

Jeri Taylor

On ressentait le besoin de s'ouvrir de nouvelles perspectives. Cela nous force à créer un nouvel univers avec de nouveaux extraterrestres et de nouvelles situations. Ca représente un immense défi, mais c'était la meilleure façon de rester fidèle à l'idéal de "Star Trek".
 

Michael Piller

On a insisté sur le fait que ce qui nous plaisait dans cette idée, c'était de revenir aux principes de l'idée originale de Roddenberry, à savoir un groupe de personnes seules faisant face à l'inconnu bien avant les Klingons et les Vulcains. L'idée était donc de faire marche arrière, de se mettre au défi d'imaginer le genre de choses et de relever le genre de défis que Roddenberry avait rencontrés en créant la série originale. Finalement, nous avons pu convaincre le studio de la sagesse de cette idée.
 

Jeri Taylor

On a commencé par esquisser des idées dès la fin de TNG. Plus particulièrement, nous avons introduit l'idée du Maquis, un groupe de résistants. Ils se considèrent comme tels. On voulait poser l'idée du Maquis pour que les fans sachent de quoi il s'agit au début de Voyager. On en a fait deux épisodes dans DS9 et on a traité à nouveau le sujet dans La Nouvelle Génération.
On avait énoncé dans l'épisode "La Fin du voyage" l'idée que les Indiens d'Amérique avaient quitté la Terre au XXIIe siècle pour tenter de préserver leur identité culturelle. Ils habitaient plusieurs planètes où ils pouvaient entretenir leurs mythes et leur système de croyances comme ils l'entendaient. Nous avons aidé le spectateur en établissant l'histoire de certains des personnages.
 

Michael Piller

II faut bien comprendre que Rick, Jeri et moi-même n'avions aucun intérêt à envoyer un autre groupe de personnes explorer l'univers. Nous voulions renouveler l'univers de Roddenberry. Les fans auraient été les premiers à nous critiquer autrement. Mais les nouveautés... Tout a été difficile au début de Voyager.


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 1