Capsule temporelle Voyager : KATHRYN JANEWAY

Kate Mulgrew - Capitaine Janeway - 30 Mars 2003

J'ai toujours voulu être actrice. J'avais 12 ans, une famille nombreuse irlandaise et catholique. J'ai eu besoin de quitter les champs de maïs de l'Iowa. A 17 ans, je suis partie pour New York et à 19, j'étais professionnelle. Ca va faire... Je vous laisse faire le calcul !
 

Kate Mulgrew - Capitaine Janeway - 3 octobre 1994

Heureusement pour moi, au moment d'auditionner pour le rôle de Janeway, Je n'avais pas conscience de l'ampleur du phénomène culturel de "Star Trek". Je me suis contentée, sans voir plus loin et Dieu merci d'ailleurs, de me concentrer sur Elizabeth Janeway, ensuite rebaptisée Kathryn. C'était une bonne chose, car rien d'autre n'est venu influencer ma démarche.
 

Kate Mulgrew - Capitaine Janeway - 30 Mars 2003

Qui n'a jamais entendu parler de "Star Trek" ? A moins d'habiter sur une île déserte, c'est impossible. Mais je ne connaissais que vaguement. Je n'avais aucun lien d'aucune sorte, je n'étais pas fan de la série, ni de science-fiction d'ailleurs. C'était plutôt le contraire. Alors quand l'audition s'est présentée et qu'ils se sont intéressés à moi, j'ai trouvé cela fascinant et très habile de la part de Rick Berman.

L'audition

Il m'a dit qu'ils cherchaient une femme pour le rôle du capitaine. - "Capitaine de quoi". ai-je demandé. - "Du vaisseau, nous n'avons jamais eu de femme capitaine." - "pourquoi pas ?" ai-je répliqué. Je suis rentrée, puis je suis revenue, et l'audition a été très interessante et agréable. Mais je n'ai pas eu le rôle. C'est Genevieve Bujold qui l'a eu. Elle a tenu un jour et demi, je crois. Ils ont donc reconvoqué cinq actrices qui leur plaisaient, dont moi. Je me rapelle m'être retrouvée avec quatres acteurs remarquables. Je me rappelle m'être dit devant toutes ces personnes en costume arborant un air des plus sérieux : "Je vais jouer ce personnage comme je le sens. "Je remercie le ciel de n'avoir jamais regardé "Star Trek". "je ne connais pas du tout. et donc je ne suis pas influencée." Et si quelque chose les a convaincus, je pense que c'est ça. Ils ont vu une approche totalement nouvelle. C'était une scène agréable et familière qui me plaisait avec Tuvok, au moment où on est tous perdus dans le quadrant Delta. "Seuls dans une partie inexplorée de la galaxie." Un superbe monologue. ils m'ont donné quelques indications. Berman souriait légèrement, Braga était très sérieuse. Je n'avais aucune idée. Vraiment aucune. J'ai été ravie, comme vous pouvez l'imaginer.

Une histoire stupéfiante. J'avais passé une première audition... plusieurs semaines avant la dernière, j'ai passé quelques temps en Europe. Un incident était survenu, Genevieve Bujold était partie et on nous rappelait. Les auditions télé, c'est épouvantable, mais c'est comme ça. On s'élimine, l'une après l'autre. A la fin, on était toutes là. Personne ne savait qui avait gagné. Alors on est rentré, c'était Yom Kippour. Tout fermait. J'avais abandonné l'idée. Je pensais ne pas avoir le rôle. Et pour tout vous dire, ça m'était plutôt égal. Mais en rentrant le soir du 2e jour férié. J'ai été acceuillie par mes fils qui me hurlait d'écouter mon répondeur. C'était Rick Berman qui me souhaitait la bienvenue à bord.

J'exultais. J'avais besoin de ce travail. Entre temps, on m'avait expliqué dans quoi je m'embarquais, j'allais entrer dans l'histoire de la télévision en incarnant la 1ère femme capitaine de la télé, j'entrais dans un club jusque-là réservé aux messieurs. Et ce n'est pas sans inquiétude, je peux vous assurer, que je suis arrivée sur la passerelle le premier jour. Tout le monde était là. Ils n'étaient pas sûrs du tout, après l'épisode avec Mlle Bujold, qu'une femme puisse endosser le rôle. Alors j'ai pris la décision à ce moment-là de jouer ce rôle. Et c'est ainsi qu'a débuté le chapitre le plus extraordinaire de ma vie. C'était, comme vous pouvez l'imaginer, une aventure d'une immense signification, à une époque de ma vie où c'était très important. J'avais 38 ou 39 ans quand j'ai pris ce rôle. De pouvoir incarner la première femme capitaine, de pouvoir lui preter cette humanité, cette légèreté et cette sensibilité cruciales au succès du personnage, a été une immense joie pour moi.


Kate Mulgrew - Capitaine Janeway - 21 mars 2001

Je garde un souvenir indélébile de mon premier jour de tournage, de ma première fois sur la passerelle. C'est un beau travelling. On me présente chaque personnage. Je m'assois et je dis : "En avant, toute." Tout le monde était là. J'avais l'estomac au bord des lèvres. Le réalisateur, Rick Colby, m'avait dit avant : "Cette passerelle est ton salon et c'est toi le chef." Je me suis dit : "Et tant pis, c'est parti !" Dès le départ, j'étais déterminée à me donner à fond à Janeway d'un point de vue artistique. Sinon, c'était trop dur. Les deux premières saisons, j'ai travaillé d'arrache-pied. C'est un rôle très exigeant physiquement et mentalement. Le maillon manquant qui peut tourner à l'avantage de l'actrice, c'est la façon de lui prêter vie de façon créative. Alors. je lui ai inventé une vie secrète qu'elle partageait avec moi, et ça a été notre petit jeu pendant sept ans.
 

Kate Mulgrew - Capitaine Janeway - 30 Mars 2003

Le rythme était effréné. C'était éprouvant et difficile. On recevait le scénario d'un épisode deux jours avant le tournage. Donc, je nuançais moi-même la vie intérieure du personnage. On ne pouvait pas savoir à l'avance où l'épisode se déroulerait. Ce genre de facteurs était impossible à déterminer. Ma responsabilité s'arrêtait à la création de Janeway, à sa force vitale.
 

C'était un univers très masculin, et laissez-moi vous dire, un univers très réussi. Donc je crois que les règles du jeu étaient claires. Vous avez le rôle, il vient a point nommé. "On a battu tous les records et toutes les conjectures philosophiques en mettant une femme dans le fauteuil du capitaine. Alors faites ce qu'on vous dit et tout ira bien." Bien sûr, ils sont bien plus intelligents que ça et ils se sont rendu compte relativement vite que ce n'est que par le mariage de l'actrice et du personnage que l'on peut réussir un personnage. Il n'empêche qu'ils étaient réticents à lacher les rennes. Ce n'est qu'au bout de deux saisons que Rick a pu dire : "A l'évidence, elle maîtrise parfaitement son personnage. Qu'elle vole de ses propres ailes." A partir de là, j'ai commencé à leur faire part de mes idées et j'ai été respectée. Je me souviens... Je crois que c'était l'épisode intitulé "Suicide", j'avais très envie de participer au processus d'écriture. Je me souviens très clairement que Berman m'a dit alors: "Vas-y., Désormais, on te laisse décider."

Kate Mulgrew dans "Tea at Five"

On peut parler de hasard heureux. Comme le sont tous les merveilleux moments de la vie. Matthew Lombardo a écrit cette pièce en pensant à moi. Il était au lit avec ma meilleure amie. Ce n'est pas ce que vous croyez. Ils regardaient Voyager et il a dit : "Elle devrait jouer Hepburn." - "Tu peux lui donner une pièce ?" - "D'accord." a dit Nancy. Il l'a écrite en trois jours à Miami. Il me l'a envoyée à Paramount. Je tournais encore Voyager. J'ai tout de suite reconnu l'excellente oeuvre que c'était. "Plaisir" est un mot à employer avec prudence dans ce genre d'entreprise. Ce fut entier, ce qui est encore mieux. Mais aussi plus dur. La pièce parle au peuple américain. Ils aiment qu'on leur rappelle qui sont leurs figures emblématiques. qui a défini la nation et pourquoi, et Kate Hepburn en fait partie. Ils aiment qu'on leur rappelle la grandeur de l'esprit américain. N'est-ce pas formidable de pouvoir faire un tel parallèle dans sa vie ? J'ai eu la chance de jouer ce capitaine de vaisseau et cette extraordinaire actrice de cinéma. Deux personnages emblématiques. Elles parleraient de leurs qualités de meneuse, d'amour et de sexe, puisque c'est ce qu'elles auraient sacrifié. Elles discuteraient sans doute de la solitude.

A la fin de la série, j'étais tellement triste, sans comprendre pourquoi. C'était fini. C'était la fin. On a tourné la dernière scène, je me suis levée de ce fauteuil et les lumières se sont éteintes. Picardo est arrivé dans l'embrasure, j'ai aperçu une silhouette, c'était lui qui me tendait les bras. C'était dur de dire adieu. Voyager a représenté les sept années les plus compliquées, les plus merveilleuses et révolutionnaires, les plus formidables et privilégiées de ma vie. On me dit souvent : "Dans les esprits, vous serez toujours Janeway." A quoi je réponds : "Si c'était la réalité, il n'y aurait aucune honte à cela." C'était un personnage formidable. Ca a été un honneur de l'interpréter. Et je le referais. J'ai adoré ce chapitre de ma vie. Je l'ai adoré.


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 1