Braver l'inconnu

Rick Berman, Producteur exécutif (30 juillet 2003)

Quand on entame la 2e saison d'une série, on a 26 épisodes derrière soi qu'on n'avait pas au départ. On peut donc développer les relations entre les personnages étant donné qu'ils ont déjà 26 épisodes de vie commune. Ils se sont étoffés au long de ces 26 épisodes.

A partir du moment où les personnages sont plus développés, les scénaristes se font une joie de les approfondir encore davantage. C'est ce qu'on fait dans les 2e et 3e saisons d'une série.

 

 


Michael Piller, Producteur exécutif (19 septembre 2003)

J'ai vraiment... un faible pour la 2e saison de "Voyager", et ce, pour diverses raisons. On a fait un excellent travail sur la 2e saison. Avec le recuI, sur les 12 années que j'ai passées sur "Star Trek", c'est l'une des quatre meilleures saisons auxquelles j'ai participé.

 

 

 

 


Jeri Taylor, Producteur exécutif (30 septembre 2003)

On ne se lance pas en se disant : "Voilà l'objectif qu'on se fixe pour cette saison." Je ne crois pas que ce soit possible, étant donné qu'on travaille dans l'instant. Les personnages évoluent au fur et à mesure des histoires. Si on décidait dès le départ du devenir d'un personnage, ce serait lui faire une grande injustice étant donné ce qui a eu lieu avant. On ne peut pas élaborer dès le départ la trame de la saison. Cela se fait petit à petit. Je crois que ça permet une plus grande spontanéité. C'est également beaucoup plus difficile, car il faut rester très vigilant, être prêt à s'adapter à tout et même à abandonner une idée pour une autre si elle ne convient plus au personnage.

 


Brannon Braga, Superviseur (25 août 2003)

On a essayé des tas de choses différentes. On a mis quelque temps avant de fixer l'objectif principal de la série. Les deux premières saisons sont très éclectiques. On a essayé des tas de choses différentes. Des éléments familiers de La Nouvelle Génération, ce qui d'ailleurs nous a valu quelques critiques de la part des fans. Mais je crois que nous avons aussi réussi à nous renouveler. Nous étions un peu à la recherche de l'âme de la série.

 

 


Michael Piller

Je crois que dans la 2e saison de Voyager, on a commencé à prendre des risques. Même si nous avons échoué par endroit, dans l'ensemble, nous avons réussi à nous démarquer des autres séries. Ma raison de vivre, c'est de faire des épisodes qui ne vieilliront pas. De toutes les séries "Star Trek", c'est dans la 2e saison de Voyager qu'on en trouve le plus. Je crois que c'est une saison dont Gene Roddenberry aurait été fier.

Jeri Taylor

Un des thèmes dont nous avons beaucoup discuté dans la 2e saison, c'était l'idée de conflit au sein de l'équipage du vaisseau. Nous avions établi dans la 1ère saison la dissension entre Starfleet et le Maquis qu'il était possibIe d'élaborer. Mais nous sommes arrivés à la conclusion que ce genre de conflits, face aux dangers posés par des popuIations hostiles et une région de l'espace inconnue, finiraient par s'éteindre. Les tensions s'apaiseraient et les deux parties uniraient leur force dans la poursuite d'un but commun. Nous voulions un équipage uni dans la 2e saison.
 

Rick Berman

Dans chaque épisode, il faut innover. Au coeur des séries "Star Trek", il y a les personnages. Dans le cas de Voyager, nous avions neuf personnages réguliers. L'évolution de ces personnages et de leurs relations est la clé.

 

 

 

 

 

 


Jeri Taylor

En science-fiction, on a une assez grande latitude dans la manière de démarrer un épisode. Nous n'avions pas le luxe de pouvoir puiser dans le passé des personnages étant donné qu'ils étaient loin de chez eux et de leurs proches. C'est donc devenu un procédé d'étoffement, d'enrichissement des personnages, un moyen de montrer au téléspectateur ce qu'avait été leur vie avant le Voyager. Comme ce passage où Janeway discute avec son fiancé sur Terre et où on apprend combien ce voyage lui a coûté. A elle comme à tous les autres. Cela enrichit le personnage d'expliquer au téléspectateur ce que cela leur a réellement coûté.

 

 


Rick Berman

Quant au vaisseau, et aux aventures qu'il traverse, il n'y a pas de grande différence entre le long voyage de retour et le voyage d'exploration dans La Nouvelle Génération. Il y a quelques légères différences, mais ce vaisseau n'avait pas pour seul but de rentrer. Ce ne serait pas faire preuve d'un grand sens de l'exploration que de ne chercher qu'à rentrer. Le capitaine Janeway explique clairement dès le début que, quoi qu'il arrive, ils continueront à explorer l'espace.

 

 

 

 


Jeri Taylor

C'était la direction que nous voulions prendre. C'est aussi s'aventurer sur une corde raide. En télévision, les studios, les chaînes de télé n'aiment pas trop les histoires à suivre, ils préfèrent les épisodes indépendants. Ce genre d'épisodes attire plus les chaînes. S'il y a trois ou quatre épisodes à suivre et qu'on manque le premier et qu'on est perdu au second, alors... C'est très dangereux. C'était quelque chose qu'on n'avait pas encore fait et qu'on voulait essayer et voir si ça entrait dans le moule "Star Trek".

Michael Piller

Je trouvais qu'il fallait se montrer plus ambitieux. J'aimais bien ce qu'on avait fait dans la 1ère saison, mais ensuite, en regardant un peu autour de moi... L'univers "Star Trek", c'est un peu comme la fac. C'est un environnement protégé. C'est chez nous et on s'y sent en sécurité. Mais on se rend compte qu'à l'extérieur, les choses ont changé. Dans Urgences, par exemple, qui a été lancée à la même époque, les gens parlaient plus vite, les scènes étaient plus courtes ou pIus longues, dans le cas de Urgences. En regardant ce qui se faisait ailleurs en télé, j'ai trouvé qu'en comparaison, on paraissait lents et dépassés. J'ai voulu pousser l'équipe lors de la 2e saison, voir si nous pouvions mettre la barre un peu plus haut, Je crois qu'on a réussi. Mais je les ai tous poussés à bout.
 

Rick Berman

L'un des problèmes que pose une série qui va d'un point à un autre, contrairement à celle qui évolue au hasard des aventures, c'est qu'à un moment donné, on est obligé d'en laisser derrière. Il faut continuellement imaginer de nouveaux groupes. Les Kazons ont été le premier groupe qu'il a fallu laisser derrière.

Michael Piller

L'une des plus grosses difficultés d'une nouvelle série "Star Trek", c'est d'inventer des extraterrestres intéressants et à la mesure de ceux qui existent depuis des années. Le défi était de taille sur Voyager, étant donné qu'on avait situé l'action dans une région inconnue de l'espace habitée d'extraterrestres qu'on ne connaissait pas. Les Kazons, le groupe d'extraterrestres de notre épisode pilote, devaient au départ être un groupe d'adolescents. Ils étaient basés sur le modèle des gangs de Los Angeles. On avait imaginé les Kazons comme des sortes de gangs de l'espace qui s'entretuent et s'organisent en sectes. On a parlé de sectes pour les différencier des gangs. L'idée, c'était qu'aucun d'eux ne vive au-delà de 25 ans en raison de l'extrême violence régnant sur ce territoire. Et donc, même si le Voyager était mieux équipé et plus sophistiqué, le fait qu'il soit coincé au beau milieu de cette violence quotidienne, nourrie de rivalités et de batailles, le rendait vulnérable à bien des dangers.


Brannon Braga

A mon avis, notre 1ère création réussie a été la race atteinte par le phage. On s'efforçait constamment de trouver de nouvelles races mémorables. C'est dur. Les Borgs et les Klingons ne s'inventent pas tous les jours. J'ai pensé qu'il serait intéressant de créer une espèce qui soit horrible à voir, un peu à la Frankenstein, une espèce de voleurs d'organes tout rafistolés, mais dont l'histoire inspire de la compassion. Et si la peste bubonique n'avait jamais été éradiquée ? Et si elle avait décimé l'Europe ? A quoi ressemblerait l'Europe ? Et si la peste sévissait encore aujourd'hui ? A quelles mesures désespérées aurait-on eu recours ? Comment leur civilisation aurait-elle été affectée ?

Michael Piller

Les méchants les plus réussis se prennent pour des héros. Ils justifient leurs actions par une cause qu'ils estiment juste. Il y a le maI absolu et c'est bien, mais on finit par s'en lasser. L'idée des Vidiiens, d'un peuple qui a besoin de récolter des organes, est effrayante en soi. Et pourtant, de leur point de vue, celui d'une race en voie d'extinction, qui doit arriver à se régénérer... on peut comprendre leurs actes.

Jeri Taylor

L'une des difficultés qu'on a sur une série qui dure, comme ça devait être le cas ici, et qui de surcroît fait partie d'une franchise de trois autres séries, c'est de continuer d'innover. Comment y arrive-t-on ? C'est une lutte de tous les instants. Même si l'idée n'est peut-être pas entièrement nouvelle, il faut la présenter sous un nouveau jour.

Brannon Braga

Vers la fin de la 2e saison, on a décidé qu'il fallait forcer un peu. On était en terrain trop familier. Il fallait aller plus loin et ne pas avoir peur de sortir du moule. C'est là que c'est devenu un vrai défi.
 

Michael Piller

Le dernier épisode que j'ai écrit, c'était "L'assaut". Ce n'est pas un hasard si le titre anglais est "Basics". Ce n'est pas par hasard non plus que ça traitait de problèmes fondamentaux auxqueIs était confronté l'équipage. C'était un message de ma part à toute l'équipe "Star Trek" pour leur dire que la clé du succès, la clé d'une série innovatrice, c'était de rester fidèle aux principes de base énoncés par Roddenberry, à savoir de raconter des histoires à thèmes et de toujours se demander de quoi ça parle. L'épisode parle d'un équipage à la technologie de pointe qui se retrouve soudain dépourvu de sa technoIogie et de son vaisseau, et abandonné sur une planète préhistorique. Comment se débrouillent-ils sans leurs jouets ? Un sujet formidabIe. J'étais toujours à la recherche de grands thèmes. De sujets provocateurs qui poussent à la réflexion. "Que ferais-je dans ces circonstances ?" C'est ce que Roddenberry m'a enseigné et ça a été mon dernier conseil à l'équipe de Voyager.


Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 2