Capsule temporelle Voyager : Tuvok

Tim Russ, Lieutenant Tuvok (28 octobre 2003)

J'ai l'impression que c'était dans une autre vie. Voilà ce que ça me fait. Ca me paraît une éternité alors que c'était il y a 2 ans. Quand j'étais en plein dedans, c'était la routine. C'était très méticuleux, parfois fastidieux et répétitif, car le personnage a un rôle à remplir et ce rôIe reste toujours le même. Quand nous tournions ces scènes, d'une semaine à l'autre, elles se ressemblaient. A l'époque, entre ça et le tournage... Le tournage est un processus très lent, d'autant plus sur "Star Trek" où l'on fait très attention aux détails. Rien n'est laissé au hasard. Tout est très méticuleux. C'est l'impression générale que je retiens de cette période. Mais avec le recuI, ça paraît remonter à très loin. C'est difficile à expliquer, car en réalité, ce n'est pas si loin. Mais c'est l'impression que ça me fait.


En avril de cette année-là, je tournais Générations, le film. Rick Berman m'avait approché deux ou trois fois cette semaine-là en me demandant si je serais intéressé d'auditionner pour Voyager. Il l'avait mentionné deux fois, comme ça, en passant. La deuxième, je l'ai pris au sérieux et je lui ai dit que ça m'intéressait. Quand la liste des rôles est sortie, le personnage n'était pas dans ma catégorie d'âge. Deux semaines plus tard, je me rends chez mon agent. Je lui expIique que ça n'a pas marché et qu'il faut donc chercher ailleurs. Et à la minute même où je leur explique tout ça, à l'agence, ils reçoivent un coup de fil me demandant de venir auditionner. A la minute même. De quoi frémir.

 

 


Quand j'ai eu le rôle et même avant ça, je connaissais déjà bien Spock de la série classique parce que ça passe continuellement depuis mes années à la fac. Je regardais la série depuis très longtemps. Je m'en suis servi pour l'audition et quand j'ai eu le rôle, ça m'a servi de base pour mon personnage. Je voulais à tout prix que le personnage plaise aux producteurs et qu'il soit accepté par les fans, à qui on présentait pour la 1ère fois un Vulcain noir. Ils n'avaient jamais vu ça. D'ailleurs, on me posait tout le temps la question. Je leur répondais dans leur propre vocabulaire "Star Trek" en citant la devise vulcaine : "Diversité et combinaisons infinies". Sur Terre, on ne se ressembIe pas tous. Pourquoi se ressembleraient-ils tous sur Vulcain ? C'est ainsi que je l'expliquais. Mais ils ont vraiment accepté le personnage. Ils appréciaient aussi sa conduite. A partir de Spock, le personnage vulcain, nous avons pu évoluer et faire Tuvok. Nous nous sommes servis de Spock et de quelques autres comme base.


Dans "FIashback", j'ai joué face à George Takei de la série classique... Ca a été formidable de travailler avec lui dans cet épisode. D'autant que l'épisode reprenait le film dans lequeI j'avais joué. C'était très ingénieux et j'ai adoré travailler avec lui. C'était quelqu'un de sincère, de très affectueux et de très généreux.
J'avais joué aux côtés de Leonard Nimoy en 76 à la fac dans Caligula. Il était venu jouer la pièce. J'avais un petit rôle et j'étais aussi une doublure. C'était formidable de travailler avec lui à l'époque. C'est drôle de penser que j'aie fini par jouer dans la série qui l'a rendu célèbre, mais qu'en plus, j'aie plus ou moins repris son rôle.

 

 

 

 


La fusion mentale est un concept intéressant. C'est une intrusion dans l'esprit de l'autre personne. On pénètre dans un esprit pour voir ses pensées les plus secrètes. La façon dont le personnage le fait... A moins d'être celui qui est sondé... Ca ne m'est jamais arrivé, Je me mettais à la place du personnage. La fusion et le pincement de nerf, la signature vulcaine... Ces scènes-là me plaisaient, car elles plaisaient aux fans.

C'est moi qui ai suggéré la fusion mentale à la fin de "Gravité". Je dois dire au revoir à cette femme avec laqueIIe j'ai passé quelque temps sur une planète. Nous devenons très proches. Ce personnage ne va pas l'embrasser. AIors pourquoi pas une fusion mentale ? Ils ne se disent rien. Elle comprend ainsi qui est vraiment ce personnage. Elle comprend ce qui se passe à l'intérieur de lui. Il ne pouvait pas lui expliquer de vive voix qu'il ne pouvait pas lui rendre son affection dans le sens traditionnel du terme. On a donc décidé d'introduire une fusion mentale à la fin pour qu'elle comprenne ce qui se passe, ce que je ressens et que je suis incapable d'exprimer. Elle saisit tout ça en un instant et un lien se crée entre eux. C'est une très belle fin.

 

 

 


Ce qui est intéressant avec Tuvok, c'est de le juxtaposer aux humains et à leurs fragilités émotionnelles. C'est sympa de servir de repoussoir. Les fans aiment Tuvok, car c'est comme assister à une course et attendre l'accident. Car on ne sait pas ce qui va se passer. On veut le voir faire un faux pas, être poussé à bout. C'est ce que Neelix, joué par Ethan Phillips, fait constamment. Il le teste, le pousse, l'agace juste pour le voir perdre patience. Les gens n'avaient qu'une envie : avoir un tout petit aperçu de ce qui se passe derrière son regard.


On a eu quelques épisodes très forts. "Enigmes", par exemple, un épisode poignant sur l'amitié, ou "Fusion mentale", un épisode très violent. Entre les deux, il y a deux épisodes où l'on voit ses peurs faire surface. Ses angoisses, ce genre de choses. On a eu plusieurs épisodes comme ça qui lui ont donné l'occasion de sortir de sa coquille. Ca n'arrivait pas souvent, car il fallait un élément déclencheur. Comme ce n'était pas naturel chez lui, ça restait exceptionnel. On le libérait de tout ça une fois toutes les deux saisons. Juste le nombre de fois suffisantes pour que ça soit crédible.

Je viens de finir un court métrage intituIé Roddenberry On Patrol, un hommage humoristique à Gene Roddenberry et à ce qui lui a inspiré la série classique. C'est une parodie de lui en motard à Los Angeles dans les années 1960, les gens qu'il rencontre, les choses qu'il voit, les bruits qu'il entend. Tout ce qui a pu lui inspirer "Star Trek". On a plusieurs acteurs "Star Trek" : Nichelle Nichols, Walter Koenig... George Takei a fait la voix off à la fin. Il y a moi, Ethan Phillips, Robert Beltran, Bob Picardo, Richard Herd, Robert O'Reilly. Ca fait pas mal d'acteurs pour un film qui dure 20 minutes. Le film a été projeté pour la 1ère fois à El Paso au Texas en novembre 2003, lors d'une convention organisée en l'honneur de Roddenberry.

 

 

 


Je travaille actuellement sur un livre audio appelé "Bugsters". C'est destiné aux enfants de 4 à 8 ans. Il y a de la musique, des histoires, des leçons de caractère et de l'humour. J'ai travaillé avec Jedda Roskilly, une ancienne de Paramount. Ethan Phillips et moi faisons des voix. Chase Masterson également. Elle a travaillé sur DS9.
Ca fait 30 ans que je chante, soit en solo, soit dans un groupe. Pendant Voyager, j'ai enregistré et sorti trois albums. Je continue à chanter aujourd'hui. J'ai décidé de ne pas en faire une carrière à plein temps parce que je trouve ça plus agréable ainsi. Et les fans de "Star Trek" s'intéressent à ce qu'on fait. Alors, s'ils aiment ma musique, ils l'écouteront. Je me suis produit plusieurs fois devant eux au fil des ans.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 2