Capsule temporelle : Neelix

Ethan Philips, Neelix (25 novembre 2003)

Neelix, au départ, est un gredin. Une sorte de ferrailleur qui a resquillé une place à bord du vaisseau. Il s'avère qu'au fil du temps, Neelix développe un très grand coeur. Il devient quelqu'un de très compréhensif. Sur le coup, on ne voit pas le personnage évoluer. Ce n'est qu'à la fin, quand on voit l'ensemble de l'histoire, le personnage au début et à la fin. Je m'en rends compte à présent. Il y a six mois, on m'a demandé de parler du métier d'acteur dans une fac. Ils ont montré ce que j'avais fait. Dont un épisode de Star Trek, "Le marché", dans lequel Neelix traite avec des trafiquants de drogue. Je n'avais jamais vu cet épisode. En le regardant, j'ai été sidéré. Le jeu des acteurs, l'éclairage, la musique, tout était d'une telle qualité. Un grand feuilleton télé dont j'étais très fier.
 

 

Ethan Philips, Neelix (20 mars 2001)

Neelix a eu plusieurs bons épisodes, comme "Jetrel" et "Incident mortel". "JetreI" est un épisode formidable pour Neelix. Jetrel était la personne responsable de la destruction de ma planète et de la mort de ma famille. On tombe sur lui et c'est comme de voir Hitler ou Genghis Khan, quand on a été victime de sa traîtrise. A la fin de l'épisode, je lui pardonne. C'était merveilleux parce qu'à la fin, je viens lui expliquer quelque chose. Je viens lui dire que j'ai moi-même été lâche, je viens partager ma honte avec lui, mais pas lui pardonner. Mais en le voyant, j'ai un coup au coeur. Il est en train de mourir de la même maladie que ma famille. Et dans un élan spirituel de générosité, je lui pardonne. J'étais estomaqué par le scénario. Dans "Incident mortel", mon personnage meurt pendant 18h avant d'être ressuscité grâce à des nanoprobes. Les Talaxiens croient à la vie après la mort, en un dieu, à la réconciliation familiale, et à une vie éternelle de joie et de bonheur. Mais au lieu de ceIa, c'est le vide. Je reviens conscient de cette vérité. Je suis désespéré et à un moment, je décide de mettre fin à ma vie. Chakotay m'en dissuade. Pendant qu'il me parlait, je me souviens m'être dit : "Oui, Dieu n'existe pas, il n'y a pas de vie après la mort. Mais je vais rester encore un peu et faire de mon mieux, car c'est la seule raison de ma présence ici." Ce sont là deux scènes très fortes pour le personnage. J'adore raconter des histoires. Star Trek raconte de belles histoires. C'est là tout l'intérêt de Star Trek. C'est une sorte de miroir. Neelix plaisait aux plus jeunes. Il était très câlin. C'était quelqu'un de jovial, d'exubérant, parfait face à un enfant. On m'a opposé à Tim Russ en raison de nos caractères incompatibles. Tim et moi, on s'amusait comme des fous face à face. Pareil hors plateau. On est restés très bons copains. C'est quelqu'un d'extraordinairement drôle. Tout le monde sur le tournage était drôle. C'était difficile pour deux raisons. La chaleur du four était intensifiée par le maquillage. Imaginez un masque en caoutchouc collé sur votre tête, et vous aurez une idée de la température. Ajoutez à cela la chaleur du four et c'est un vrai sauna. Je détestais parce que je passais déjà 4 heures au maquillage. Quand je transpire, ce qui peut arriver, il faut que je retourne au maquillage. Une demi-heure supplémentaire, une heure, deux heures ! Au bout du compte, c'est 6 h de maquillage. En tout et pour tout, j'ai passé 3 200 heures de maquillage. J'aurais eu le temps de laver un 747 à la main la 1ere saison. Donc la chaleur me gênait. Ce n'était pas si dur de manier les poêles et les casseroles. N'importe qui saurait faire ça. Mais il fallait se rappeler chaque mouvement et veiller à ne pas sortir du champ. Je pouvais être spontané à condition de me souvenir de ce que j'avais fait parce que la caméra était... Si je retournais un truc puis goûtais à un autre, je devais le faire dans la même prise pour que ça s'enchaîne. Ca fait partie du travail de l'acteur. Les difficultés existent, mais rien de trop dur. Le Livre de cuisine Star Trek est une idée de Guy qui a dit un jour : "On pense pouvoir obtenir l'accord de Paramount pour un livre de cuisine. Est-ce que ça t'intéresserait ? J'ai quelqu'un qui a déjà fait ça et qui est prêt à le co-signer avec toi." On s'est tout de suite bien entendus, on est tous deux de New York. On a mis un an pour rédiger le livre, on a pris notre temps. Les recettes et l'historique des autres séries, c'est lui. Les blagues et les introductions aux recettes sont de moi. Je me suis amusé à imaginer des commentaires ridicules sur les plats, sur les Talaxiens. Par exemple, que notre oesophage est tapissé de papilles gustatives. Tout ce qui me passait par la tête. Beaucoup de trucs très drôles. Des sottises du genre : dix raisons selon l'équipage de ne pas aimer la cuisine de Neelix. A la 9e place : "Gelée à la Neelix", "Les dix meilleures recettes borgs", "Fromage Borgonzola". Toutes sortes de bêtises du genre. Si ça me faisait rire, je gardais. On prend vraiment plaisir à lire le livre et les recettes sont excellentes. Elles nous venaient toutes d'amis et de la famille. J'ai arrêté Star Trek en avriI 2001. Mon dernier jour de tournage était le 15 avril. Le 16, j'étais en répétition à Pasadena Playhouse pour une pièce intitulée Side Man mise en scène par Andy Robinson. J'ai joué dans de nombreux courts métrages de divers réalisateurs. Je n'ai jamais arrêté de travailler, ce qui est plutôt bien. C'était LeVar Burton le réalisateur. Il a fait un super travail. On est partis de l'ascenseur devant la salle de téléportation, on a traversé le couloir principal, à gauche, devant l'infirmerie puis à droite, tout le couloir jusqu'au quai de chargement. Le parcours le plus long que l'on puisse faire. Une très longue prise. C'était une vraie scène d'adieu. Le constat que c'était fini. Je partais et je disais au revoir. Je disais au revoir non seulement aux acteurs principaux, mais également à tous les figurants, tous ceux qui travaillaient sur la série. Ils faisaient partie intégrante de la série. Je disais au revoir aux doublures, ainsi qu'à toute l'équipe. Tout le monde a joué le jeu. C'était un moment intense. Très fort en émotions. J'espère simplement qu'on m'apprécie dans le rôle de Neelix. Je suis le premier Talaxien, il y en aura peut-être d'autres. J'espère avoir fait de Neelix un personnage complexe et avoir été fidèle à la vision des scénaristes. J'espère qu'ils ont aimé. Je pense que oui.
 

 

 
 
 
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 3