Alerte rouge : effets spéciaux étonnants

Dan Curry - effets speciaux - 16 octobre 2003

J'ai adoré travailler sur "L'assaut". D'abord, parce qu'on a tourné en extérieur, à Alabama Hills, près de Lone Pine en Californie. Alabama Hills a servi de décor à des films classiques tels que Gunga Din et Capitaine King. La moitié des westerns ont été tournés là-bas. C'était presque une expédition archéologique. On a retrouvé les prises du pont que traverse l'éléphant dans Gunga Din. On a fouiné un peu partout en se demandant où passerait la lave. On a trouvé un lit de rivière asséché et Rick Colby et moi sommes allés voir. Chakotay pourrait sauter de là, et la femme préhistorique pourrait se retrouver coincée ici. C'était tout un exercice mental d'imaginer ce qu'on verrait si c'était là, alors que ça n'existait pas. Autre difficulté qui se posait : faire atterrir le Voyager sur un terrain entouré de ces rochers incroyables. On s'est servis d'une corde de la longueur du Voyager, c'est-à-dire plus de 300 mètres, pour voir jusqu'où irait le vaisseau.
 

 

 
 
 
 

 

Ronald B. Moore - superviseur effets spéciaux - 16 octobre 2003

A l'aide de cette corde, on a mesuré la taille du Voyager à terre. Il n'y avait que Dan et moi, plus le routier qui nous avait amenés. On lui demande de prendre la corde et d'avancer jusqu'à ce qu'on lui dise de s'arrêter. On déroule la corde, elle fait la longueur du Voyager. On regarde et on ne voit même plus le routier à l'autre bout. Et la corde continuait à se dérouler. Il allait loin !
 

 

Dan Curry

La plus grosse difficulté de l'épisode a été la lave. On a trouvé des images 16mm de vraie lave prises à Hawaii sous des angles différents. On les a manipulées pour qu'elles s'intègrent à la perspective voulue. Puis on a ajouté de la fumée d'azote liquide pour les émanations de vapeur. On avait repéré par où passerait la lave. L'illusion est réussie parce que c'était de la vraie lave et que ça faisait plus réaliste que la fausse lave qu'on avait vue avant. Il a également fallu faire voler le Voyager au-dessus des acteurs et donc reproduire l'ombre du vaisseau. Sur ces plans, le Voyager est en images de synthèse. Dans les plans plus larges, on a voulu ajouter des volcans. Je les ai dessinés à la main sur Paintbox. Parfois, c'était de la vraie lave, parfois du bicarbonate de soude, qu'on faisait couler sur du velours noir pour faire croire à du magma qui gicle. Ca été teint en orange, pour que ça fasse plus impressionnant. Le scénario avait prévu une créature vivant dans les tunnels et toujours affamée. Je me suis souvenu d'un livre que j'avais lu sur Charles Darwin. Lors d'un voyage sur une île tropicale, il avait remarqué une fleur. A partir de la fleur, il avait imaginé un oiseau avec un bec particulier lui permettant de se nourrir du nectar de cette fleur. J'avais trouvé ça malin de sa part. Quelques jours plus tard, ils trouvaient un oiseau pareil au dessin de Darwin. Alors quand je crée des créatures, j'adopte cette approche darwinienne. De quoi aurait-elle besoin pour survivre dans cet environnement ? Comme c'est une bête des cavernes, je lui ai donné une forme d'anguille avec une grande gueule vorace. Je lui ai donné des appendices, comme de grosses griffes, lui permettant de grimper aux parois des cavernes. Comme un poisson-globe, elle est munie de poches d'air qu'elle gonfle pour se tenir contre les parois d'un tube, ou qu'elle contracte pour pouvoir avancer. C'est ainsi qu'on est arrivés à la créature qu'on voit dans l'épisode.
 

 

 
 
 
 

 

Ronald B. Moore

On mesure beaucoup de choses, on sait où se trouve la caméra et on imagine à quoi ressemblera la créature. Ensuite, on passe à l'image de synthèse. Très souvent, au moment du tournage, on ne sait pas ce que sera la créature, elle est en cours de conception. Et ça peut compliquer les choses. C'était le cas pour le serpent. Le plus dur, c'était qu'il devait saisir quelqu'un et le dévorer. On savait que le type devait se faire dévorer, mais pas par quoi. Dennis "Danger", le cascadeur, a été formidable. Pour simuler cette scène, on l'a fait tomber de la paroi. Et il y a un double problème. Il faut d'une part effacer tout ce qui le tient : câbles, etc. Et d'autre part, animer la créature conformément au cascadeur qui tombe. C'est délicat à réaliser, mais sympa ! On ne l'a pas vraiment dévoré !
 

 

Dan Curry

Quand j'étais petit, ma mère m'a offert un livre sur l'histoire des armes, d'Edwin Tunis. Je me suis souvenu de tous ces dessins d'armes primitives. Pour cet épisode, je me suis donc replongé dans mes souvenirs d'enfance pour dessiner des armes correspondant à ce peuple primitif. Ma passion d'enfant pour les films d'aventure et pour les armes à travers les âges m'a donc aidé à concevoir des armes qui paraissaient adaptées à ce peuple. Pour "Origine Lointaine". Mike Westmore et son équipe ont fait un travail de virtuose. Il y a deux ou trois scènes où l'on voit des dinosaures recréés dans le holodeck, dans le but de déterminer comment du reptile que nous connaissons dans nos musées d'histoire naturelle ils ont évolué pour devenir un bipède intelligent. Pour donner aux acteurs une idée de leur taille, j'avais fabriqué la silhouette des dinosaures grandeur nature. Je les ai mis en place et les ai fait se tenir debout. La vraie sculpture qu'on a utilisée pour l'Eryops... faisait... cette taille, elle était faite en pâte à modeler, que j'ai ensuite peinte. Le gros Parasaurolophus avait été loué. Il n'était pas plus gros que ça, mais à l'écran, il fait 4 m de haut.
 

 

 
 

 

Ronald B. Moore

On avait un vaisseau qui devait surgir de l'intérieur d'un immeuble. On est donc allés photographier Los Angeles. Ca m'a permis de ressortir mon vieil appareil format 123 et de faire de nombreuses photos sur des négatifs de format 123. Ensuite, on a pu manipuler les immeubles. On en a retenu un du centre-ville de Los Angeles. C'est devenu l'immeuble Chronowerx, qu'on a ensuite manipulé pour en faire surgir l'avion. On a cherché partout. A un moment, on est dans le bureau de Starling, et par une vitre, on voit le vaisseau temporel. On a essayé TRW. L'idée nous plaisait car la "Série classique" y avait été tournée. Mais on n'a pas réussi à trouver un lieu qu'on nous laisserait photographier. On a donc trouvé cette usine à Long Beach. Une usine high-tech... Elle était remplie de câbles, de tuyaux et de cuves. On est allés sur place photographier tout ça. Ensuite, on a ajouté les vaisseaux en images de synthèse.
 

 

Dan Curry

Dans "Macrocosme", le Voyager est confronté à des macrovirus. Au moment de dessiner le virus, je me suis inspiré de la diatomée, un organisme microscopique qu'on utilise dans le système de filtrage des piscines. Mais pour l'enlaidir, au lieu de l'exosquelette rigide dont sont pourvues les diatomées, nous avons transformé les pointes en tentacules. Puis, pour le dard, grandeur nature, ça ferait cette taille. Il y a deux scènes où le dard doit traverser une paroi et faire gicler son poison sur les acteurs. Il y a une scène où le capitaine affronte de près un virus géant. Elle se débattait par terre contre le virus qui essayait de la piquer. En fait, je me tenais hors champ, le dard à la main. et je donnais des coups que Kate devait éviter. Une fois la scène tournée. on a beaucoup ri parce que c'est moche.
 

 

Ronald B. Moore

L'innovation majeure a été d'avoir recours aux images de synthèse pour faire évoluer ces créatures là où ça n'aurait pas été possible avec des trucages habituels. Je crois que c'est assez réussi. Ca m'a beaucoup plu. Une fois. on a accroché un fond bleu dehors. Puis on a rempli ces créatures de matière gluante et d'explosifs, et on a passé la journée à la faire sauter. C'était génial. Il y avait des boyaux et des trucs visqueux partout. On les faisait exploser à l'intérieur d'un tube de Jefferies. On les accrochait au mur et on les faisait sauter devant les gens. On s'est drôlement bien amusés.
 

 

Dan Curry

Il y a une scène où Kate doit poignarder l'un des virus extraterrestres. Mais afin d'avoir un virus animé qui puisse bouger autour d'elle, on avait prévu d'avoir recours aux images de synthèse. Pour qu'on puisse voir Kate planter son couteau dans quelque chose, on avait fixé sur un bâton un ballon en polystyrène peint en bleu. J'étais là à tenir le bâton avec le ballon au bout, tandis que Kate plantait son couteau dans le ballon. On avait donc le vrai couteau planté dans le virus en numérique.
 

 

Ronald B. Moore

Une fois l'épisode achevé, c'est comme pour tout, on se dit qu'on aurait pu mieux faire. Mais Jeri Taylor est venue me dire un jour : "Ca marche. C'est la créature la plus réussie qu'on ait eue jusque-là." Elle faisait allusion au monstre des cavernes dans "L'assaut", une créature assez simpliste qui n'avait pas un grand rôle à tenir. C'est ce qu'il y a de plus dur à faire. Dans ce cas, la tâche était simplifiée du fait qu'ils ne parlaient pas, mais ils se déplaçaient. Ca l'a encouragée à écrire des scénarios... Je crois que 8472 est parti de là. Elle a vu que c'était faisable, et qu'avec quelque chose d'un peu plus étoffé, on pourrait avancer. "Macrocosme" a ouvert la porte sur des choses comme 8472.
 

 

Dan Curry

Dans "Scorpion", l'équipage du Voyager fait connaissance de l'espèce 8472, une espèce tripède. En explorant le vaisseau extraterrestre, ils tombent sur des Borgs empilés. Nous n'avions ni l'argent ni le temps de fabriquer des Borgs grandeur nature, tout ça pour des raisons de coût et de temps. J'ai donc demandé des figurines borgs à notre service merchandising, elles font à peu près cette taille. Et chapeau à la personne qui a sculpté les figurines, les détails étaient tellement soignés que j'ai pu découper les figurines à la Dremel. Je les ai collées les unes sur les autres sur fond bleu. Les acteurs savaient où regarder et où marcher sur le plateau : "O.K.. c'est là-haut." Ensuite. en ajoutant le tas de figurines par composite, ça fait très réel. Les visages étaient si bien sculptés que j'ai pu faire des gros plans sur une tête de cette taille qui rendait très bien à l'écran. Bien sûr, c'était dans un lieu enfumé. Les figurines ont ainsi pu nous faire économiser beaucoup d'argent.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 3