Leçon de sciences avec Andre Bormanis

Andre Bormanis - consultant scientifique - 17 septembre 2003

Je me suis efforcé de garder les faits astronomiques de Voyager aussi proches de la réalité que possible. Le succès de la série est en partie dû à sa crédibilité. Bien sûr, on rencontre parfois un phénomène spatial purement fictif. Mais sur des choses telles que la distance entre les étoiles, la nature des étoiles et des planètes, de l'espace intersidéral, on restait très proches des connaissances actuelles. Pour mon premier scénario, j'ai eu l'idée de l'Etendue de Nekrit. Nous voulions évoquer une région de l'espace difficilement navigable. Incontournable de par sa taille, il fallait pourtant la traverser. L'Etendue prenait modèle sur l'une des régions que nous avons identifiées dans notre galaxie et dans laquelle on préférerait ne pas envoyer de sonde, du moins pas très loin. Il existe des régions de l'espace qui ne sont pas que vide absolu. Elles sont remplies de particules subatomiques, de gaz, de radiations. Comme par exemple une supernova, l'explosion d'une étoile massive formant à ce moment-là de gigantesques boules de feu. Elles dispersent de nombreux éléments dans l'espace. Les couches extérieures de l'étoile s'étirent à une vitesse extraordinaire dans l'espace intersidéral, c'est-à-dire l'espace entre les étoiles. L'explosion crée parfois des ondes de choc et des effets secondaires qui peuvent gêner un engin spatial essayant de naviguer dans les parties plus denses du phénomène. C'était donc l'idée de base. Une région obscure et étrange où il est dangereux de naviguer. Et on ignore ce qu'il y a de l'autre côté, l'étendue étant trop opaque pour que les détecteurs la pénètrent. Dans l'ensemble, on s'est efforcés de rester fidèle aux connaissances actuelles que nous avons de l'univers. Pour mieux s'en rendre compte, il serait bien de parler à de vrais astronomes : le Dr Neil Tyson et le Dr Sallie Baliunas.
 

 

Neil deGrasse Tyson - astrophysicien

L'approche à avoir face à des oeuvres de science-fiction spatiales, comme Star Trek, ce n'est pas de critiquer et de dire : "C'est faux." Ce n'est pas la bonne attitude. Ce qu'il faut se demander, c'est : "Quelle a été leur démarche ?" Star Trek, toutes les séries Star Trek se sont attachées de façon admirable à respecter les lois de la physique. Au-delà de cette frontière, c'est l'imagination qui entre en jeu, l'esprit de créativité des scénaristes. Et c'est très bien. Mais on ne peut pas défaire les lois de la physique qui ont été testées et qui doivent servir de fondement. Sinon, on tombe dans l'imaginaire. Dans ce cas, autant écrire une histoire du type Le Seigneur des anneaux. Les vortex existent mathématiquement. Le vortex est ce qui relie un trou noir qui absorbe tout, et un trou blanc, qui rejette tout. Entre les deux, on a le vortex. Le problème, c'est que selon les calculs de cette configuration, le vortex est instable et s'effondre sur vous. Mieux vaut ne pas être dans le vortex quand ça arrive. Le vortex n'est pas une invention de la science-fiction, ça existe. Le problème, c'est qu'on ne sait pas les tenir ouverts. Nous manquons peut-être de connaissances ou de technologie. Ca ne me gêne pas que la science-fiction trouve les solutions afin de raconter son histoire. Au contraire. On ne trouve aucune correspondance au subespace en astrophysique. L'espace, c'est l'espace. On pourrait imaginer une région où la gravitation serait telle, étant donné le nombre d'objets à forte gravitation, que la courbure de l'espace à cet endroit se torde. On pourrait imaginer cela. Mais il faudrait énormément de gravitation au même endroit. C'est impossible dans l'univers actuel, il est trop grand, et s'étend depuis trop longtemps. Mais au début, quand les masses étaient à proximité les unes des autres, on peut imaginer un espace beaucoup plus turbulent où les tourbillons seraient possibles. Sinon, ce n'est pas envisageable. L'antimatière existe, la courbure, ou distorsion de l'espace est réelle. Le concept du moteur de distorsion a donc ses fondements dans la physique. On peut donc applaudir et ne pas dire que ça n'arrivera jamais. Il est indéniable que si on se déplace dans l'espace à très grande vitesse, à la moitié ou même plus de la vitesse de la lumière et qu'on revient à son point de départ, il se sera écoulé moins de temps que pour ceux qui seront restés attendre. L'univers est si vaste, les étoiles si nombreuses, et on suppose qu'il y a autant, sinon plus, de planètes que d'étoiles. De se dire que la vie n'existe que sur Terre dans tout le cosmos, serait d'une présomption inexcusable. Et d'un égocentrisme inexcusable. Regardez l'univers, ce qui nous compose. Les éléments qui font notre organisme : carbone, fer et azote. Les ingrédients les plus courants du cosmos. Je suis persuadé qu'étant donné l'immensité de l'espace, on ne peut pas être seuls. Alors. continuons à chercher.
 

 

Sallie Baliunas - astrophysicienne

Star Trek est un bon exemple. Gene faisait bien attention de ne rien expliquer en détail. Il ne voulait pas être rattrapé un jour par le progrès technologique. Je n'ai jamais considéré Star Trek comme étant entièrement exact, mais ils ont incorporé de bonnes idées. Les communicateurs, par exemple. On a quoi aujourd'hui ? Les portables. Encore quelques années et ils feront la taille d'un communicateur. Pour aller au-delà du système solaire, il faudrait un mode de transport rapide, sinon, il faudrait bien plus que le temps d'un épisode pour passer d'un endroit à un autre. Les vortex sont donc un raccourci. Si l'espace est plat et qu'il faut aller de ce point-ci à ce point-là... Mais en pliant l'espace et en passant par un vortex, on va plus vite. Pour l'instant, on coince sur le subespace. Que se passe-t-il quand on va plus vite que la vitesse de la lumière ? Mais ça peut être un moyen intéressant de prolonger l'espérance de vie, de voyager vite tout le temps. Je crois que la vie existe sur d'autres planètes et qu'elle est sans doute plus complexe et plus étrange que tout ce qu'on peut imaginer. La vie a besoin d'énergie. Là où il y a de l'énergie, il y a peut-être la vie. Je ne peux imaginer quelle forme cela pourrait prendre. Du nuage au rayon d'étoile. Sans oublier notre forme fragile.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 3