Alerte rouge : Effets spéciaux étonnants

Dan Curry - producteur effets speciaux - 30 juillet 2003

Bonjour, je m'appelle Dan Curry. Je vais vous parler des effets spéciaux de la 4e saison de Star Trek Voyager.
 

 

Dan Curry - 28 avril 2004

"Le corbeau" était un épisode fantastique, réalisé par LeVar Burton. Dans "Le corbeau", Seven of Nine retourne en arrière et suit son subconscient. Elle retrouve le vaisseau sur lequel, petite, elle a été enlevée et la planète déserte où il s'est écrasé. J'ai dirigé une scène où les acteurs devaient s'échapper. Seven of Nine et Tuvok tentent de quitter l'épave du Raven avant qu'il ne tombe de la falaise. Le décor était magnifique. Les acteurs devaient trouver un moyen de sortir. Une fois à l'extérieur, ils se retrouvent devant un cache de la planète. J'ai filmé Jeri Ryan et Tim Russ sur fond bleu. On a aussi fait des trucs sympas avec la texture des rochers à partir d'une photographie de Lone Pine prise des années auparavant. Foundation a créé l'épave du vaisseau qui s'est échoué et qui, plus tard, tombe de la falaise. C'est une image de synthèse en 3D superposée à un cache en 2D. Dans la scène où vous voyez Tuvok et Seven of Nine en premier plan, ils sont à côté de rochers et ils voient le vaisseau échoué sur le côté. Si je vous montrais le film original, vous y verriez le plateau, les techniciens et l'équipe de tournage. On a coupé l'image au niveau du rocher pour y mettre un cache numérique. Le vaisseau a d'abord été créé, puis le cache. Quand on les voit s'échapper, le vaisseau est une image de synthèse. On les filme sur fond bleu. Ils sautent sur le plateau. Il fallait faire correspondre la géométrie et l'angle de la caméra pour que les acteurs paraissent crédibles dans cet environnement. Les chefs opérateurs nous permettent de faire de l'excellent travail grâce à un éclairage en intérieur qui fait complètement illusion. Cet éclairage exceptionnel donnait l'impression qu'on tournait en extérieur.
 

 

 
 

 

Il arrive souvent qu'on crée des éléments de décor qui ne seront jamais filmés tels quels. Dans ce cas-là, on voulait quelque chose d'un peu différent qu'on puisse superposer à l'image de Kes lorsqu'elle est en mutation. Là encore, dans Photoshop, j'ai dessiné à main levée une espèce d'organe veineux que le placenta d'un buffle m'a inspiré. On le superposait de temps en temps à l'image de Kes au moment où son image physique devait s'estomper.
 

 

L'azote liquide se révèle précieux dans la création d'effets spéciaux. Il nous a suffi d'en verser quelques gouttes sur un plan incliné pour obtenir ces ondulations. On s'en est servi comme cache. Comme c'est blanc sur fond noir, on obtient un contraste suffisant pour créer un stencil électronique qui nous permet d'imprimer d'autres informations. Voilà qui lève un peu le voile sur la transmutation de Kes.
 

 

Ce qui a été difficile à faire dans cette scène, surtout avec un budget télévision où le temps et l'argent sont limités, c'est de créer l'illusion qu'ils dérivent et non pas qu'ils posent. Avec l'équipe des effets spéciaux, on a décidé d'utiliser des balançoires ou des tables tournantes, selon l'action que les acteurs devaient représenter. Dans ce genre de situation, la création de story-boards est vitale pour véhiculer les images dont on va avoir besoin pour l'histoire. On savait ensuite quels caches utiliser pour que ce soit crédible.
 

 

Il y a très longtemps, lorsqu'on travaillait sur La Nouvelle Génération, il nous fallait une forme de vie gazeuse, appelée "le Calamarain". Nous pensions aux images de synthèse, mais il est revenu souvent. Je connaissais quelqu'un avec une machine très sophistiquée, qui permettait de projeter un laser à travers différents filtres. On a loué ses services pendant une journée. Je l'ai rejoint dans son garage, armé d'une caméra Mitchell. On a étalé un pan de mousse blanche sur l'un des murs et on a fait toutes les projections possibles et imaginables. On pouvait utiliser un bout de plastique fondu ou une canette de bière écrasée. On utilisait différents prismes et tout ce qui contribuait à créer une image intéressante. Ensuite, je la filmais avec ma caméra 35 mm. Ce fut là un de nos investissements les plus durables. Ces images ont été utilisées pour créer des nébuleuses, des tirs de phaseurs, des formes extraterrestres, des créatures et aussi le rayon tracteur utilisé dans La Nouvelle Génération et Voyager. Certaines images sont aussi apparues dans Deep Space Nine. Tout ça, alors qu'on est juste tombés dessus un jour par hasard.
 

 

Rob Bonchune - producteur effet visuels - 21 avril 2004

J'étais chargé de la recherche et du développement. "lnvente-nous une anomalie, un truc qu'on n'a encore jamais vu." C'est toujours la même sérénade. A l'époque, ils m'ont dit : "Seven of Nine doit penser qu'elle est en train de voir Dieu." "A toi de jouer." C'était tout ! J'ai répondu : "Alors... Seven of Nine doit penser qu'elle voit son Dieu." Je suis un scientifique, alors j'ai exploré le sujet des molécules. J'ai utilisé mes connaissances en science. Je suis donc parvenu à ce fullerène. Je l'ai placé au centre d'un faux nuage d'électrons. L'ensemble était plutôt translucide. Un flux d'électrons gravitait autour. J'ai utilisé toutes les techniques qu'offre le logiciel qu'on utilise. Et le résultat fut plutôt réussi. Cette boule tournait sur elle-même et on voyait les flux d'énergie. Lorsque j'en ai eu terminé avec la première... D'ailleurs, j'ai passé beaucoup trop de temps dessus vu qu'on voyait à peine les détails à l'écran. J'ai donc construit la structure où toutes les molécules allaient venir se greffer pour former une version plus grande de la même molécule. Je me suis demandé à l'époque : "Comment vais-je arriver à ça ?" Elles flottaient d'abord dans l'espace, puis devaient former une coalescence. Les petites molécules formaient une molécule de plus grande taille. Il a d'abord fallu créer la structure et c'est ce qui a pris le plus de temps, de créer chaque molécule une par une. Je suis resté assis des jours sans bouger, J'ai animé l'ensemble en les faisant se détacher. Puis il a suffi d'inverser le mouvement pour obtenir une coalescence. Seven of Nine découvre cette image à travers un écran. C'était la première fois qu'on utilisait un éclairage volumétrique pour créer des stries et une illusion de profondeur.
 

 

Dan Curry

Le temps est notre plus grand ennemi. Il faut prendre des décisions rapides et s'y mettre. Nous créons des story-boards uniquement lorsqu'il est vital d'expliquer le déroulement de l'histoire à force d'images. Nous ne détaillons que les scènes difficiles sur un plan technique. Par exemple, dans Voyager, il y a une compétition de tir entre Seven of Nine et le capitaine Janeway. Vu qu'elles tiraient sur des objets qui n'existaient pas, personne ne savait où elles visaient. Grâce aux story-boards, il a été possible de filmer de manière à ce que ce soit crédible.
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 4