La génèse de l'espèce 8472

Dan curry - producteur effets speciaux - 28 avril 2004

On avait un scénario sur une créature extraterrestre violente, qui devait être si puissante et si redoutable qu'elle pouvait déchiqueter et détruire le Borg. Quand on a reçu l'histoire, je m'intéressais aux créatures dotées de propriétés locomotives étranges. Ca remontait au livre de science-fiction des années 50. Les Triffides, sur des plantes tripodes qui viennent semer la panique sur Terre. En dernière année de fac, un de mes projets de thèse consistait à écrire et monter une pièce de théâtre. J'avais décidé de planter le décor dans une prison extraterrestre. Un des personnages que j'avais en tête était une créature tripode qu'un ami acrobate avait interprété. J'avais inventé une canne qu'il pouvait manoeuvrer dans son costume, pour pouvoir marcher. Il se déplaçait comme une créature tripode de manière convaincante. C'était une créature comique. Quand j'ai eu le scénario, j'ai pensé : "Pourquoi pas une créature tripode ?" J'ai donc esquissé rapidement des croquis et travaillé avec John Teska et Steve Burg. On s'est échangé nos dessins, jusqu'à ce qu'on obtienne le 8472 que vous avez vu dans la série.
 

 

 
 

 

John Teska - animateur CGI - 21 avril 2004

A la Paramount, ils discutaient du scénario et on a entendu dire qu'il y aurait peut-être un nouveau némésis que même le Borg redouterait. J'étais ravi que ce soit un personnage numérique qui aurait un rôle important. Lorsque je me suis lancé dans le processus, j'ai vu certains des croquis réalisés par Steve Burg. J'étais emballé parce qu'il était non-humanoïde. Il n'était pas comme les autres, dont seule la tête était différente. Il avait un drôle de cou et une structure corporelle bizarre avec trois jambes. En tant qu'animateur et créateur, j'étais enchanté à l'idée de donner vie à cette créature. Steve Burg a rencontré ceux de la Paramount à plusieurs reprises. Ils avaient plusieurs dessins. Sur l'un, ils aimaient le bras. Sur l'autre, ils aimaient le cou. Plusieurs dessins ont circulé. Chaque dessin avait un élément qui leur plaisait. La Paramount et Dan Curry m'ont parlé des croquis, et m'ont demandé d'assembler ces éléments pour créer une créature. Je n'avais pas un seul croquis de la version finale de la créature. Les dessinateurs travaillaient dessus quand on l'a sculptée en 3D. Une fois les croquis en main, j'ai commencé par une forme simple, histoire d'estimer les proportions et la taille de la tête et du corps, puis j'ai montré ça à la Paramount. On s'échangeait nos idées sans arrêt. On est parti d'une forme sommaire, qu'on a peaufinée jusqu'aux détails. On s'est occupé des couleurs et des textures plus tard. Elle a donc évolué au cours de sa création. Nous utilisons le logiciel "LightWave 3D". Modèles, caméras et éclairages sont traités comme s'ils étaient réels. Si je crée un personnage comme 8472, et que je commence par la tête, je peux dire : "J'ai une joue sans relief" et créer des polygones autour de la joue, du cou et du corps. L'ordinateur traite les objets comme des formes, à la différence du dessin, de l'animation traditionnelle. lci, je crée un modèle et même s'il est virtuel, l'ordinateur le voit comme un objet en 3D. Ils avaient peu d'antécédents, donc je ne savais pas grand-chose sur eux. Mais on savait qu'ils communiquaient par télépathie et par conséquent qu'il y aurait peu de dialogues. Donc il était important de leur donner un front expressif et l'air d'être différents. On savait comment ils attaquaient. Ils sont décrits comme étant violents et capables de vous infecter rien qu'en vous déchiquetant et c'est sur ça qu'a reposé l'animation. On voulait qu'ils aient l'air rapides et menaçants. Les Borgs, par contre, étaient toujours nombreux et avaient ce côté zombie : "On va vous attraper." Tandis que l'espèce 8472 a tendance à surgir de nulle part et à tout déchiqueter sur son passage. Ce personnage avait une sorte de cou béant, avec des tendons attachés ici. On s'était demandé comment faire ça. Pareil avec les jambes. Il avait trois jambes, une structure tripode. J'ai pensé à sa démarche, mais on ne l'avait jamais vu esquisser plus de deux pas. Il bondit d'une pièce à l'autre et déchiquette les gens, mais il ne marche jamais le long d'un couloir.
 

 

Dan curry

Il fallait aussi s'assurer qu'il bouge de façon naturelle. Ma confiance en John Teska en tant qu'animateur était si grande que j'étais sûr qu'il saurait lui donner des mouvements naturels.
 

 

John Teska

Je me suis plus concentré sur sa façon d'attaquer et de plier les jambes, que de déambuler dans un couloir. J'aime beaucoup ce plan. En tant qu'animateur, il y a des plans dont on se réjouit. Celui-là en fait partie, car on voit peu cette créature en plan moyen. L'idée qu'il marche sur la coque du vaisseau était intéressante. La caméra pivote et s'incline dans ce plan pour filmer la créature sur le côté. A bien des égards, c'était une scène exceptionnelle. J'étais ravi qu'ils continuent d'utiliser ce personnage, parce que le construire et l'animer était un vrai bonheur. Ensuite j'ai dû créer des vaisseaux et je me suis dit : "On ne le verra plus." Puis j'ai lu le scénario de "La proie". où figuraient des scènes de corps à corps avec lui.
 

 

Dan curry

8472 est apparu dans plusieurs épisodes. L'épisode le plus épineux était celui où il se battait contre quelqu'un. Un combat entre une image de synthèse et un acteur est difficile à réaliser. Ron Moore, qui a supervisé cet épisode, a très bien réussi à coordonner le réalisateur, le cascadeur et les acteurs afin qu'on soit au diapason pour créer une superbe scène.
 

 

John Teska

Ce qui est difficile avec ces personnages qui se retrouvent avec des humains à bord du Voyager, c'est que les prises de vues principales sont effectuées des semaines avant qu'on incorpore les effets visuels. On a travaillé en étroite collaboration avec les superviseurs, afin de nous assurer qu'ils anticipaient la position du personnage et les réactions des acteurs. 8472 traverse le champ de force. 8472 frappe Alpha avec son bras. J'avais créé des personnages en 3D, mais jamais un qui soit récurrent. J'étais fou de joie le jour de la sortie de la figurine de l'espèce 8472. C'était la première fois que je pouvais le tenir dans mes mains. Jusque-là, il n'avait vécu qu'à l'écran. J'étais hyper content quand j'ai vu la figurine. En fin de journée, j'avais un peu de temps à tuer, et entre deux prises, je l'ai dessiné assis dans le couloir. Il fumait une cigarette, sans rien faire de spécial. Comme les acteurs pendant leur pause.
 

 

 
 
 
 
 
 

Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 4