Capsule temporelle : le docteur

robertpicardo20031104 Au moment du casting, je jouais dans un pièce au Mark Taper Forum, un théâtre prestigieux de Los Angeles. Nous étions en répétition et en théorie, je n'étais pas disponible pour jouer un épisode pilote. Est-ce que ça m'a arrêté ? Dans la scène de l'audition, le docteur était décrit comme maussade, grincheux, un simple programme informatique. Ca n'a rien d'amusant. Je ne voyais pas l'intérêt. Ce soir-là, mon amie me dit : "Auditionne plutôt pour Neelix. C'est un personnage formidable." Je lis le script et Neelix me plaît. Je l'ai trouvé drôle. Mon agent les rapelle pour le rôle de Neelix. L'audition se passe bien. Je fais ma scène et je rentre chez moi. Là, mon agent m'appelle pour me dire que je n'ai pas le rôle mais qu'ils veulent quand même me revoir pour le rôle du docteur. Je lui dis : "Je ne saisis pas." "C'est un programme informatique. En quoi peut-il être drôle ?" Les autres acteurs ont tous auditionné au moins trois fois. Je suis le seul à m'être présenté sans avoir auditionné pour le rôle. J'arrive donc à la dernière audition devant les responsables du studio, les responsables de la chaîne et les producteurs de Star Trek, 35 personnes en tout. Michael Pillar me demande si j'ai des questions, je lui réponds que non. Et je fais ma scène. Je les fait rire en improvisant, ce qui ne se fait pas dans Star Trek. Je ne l'ai jamais refait en sept ans. Mais j'ai improvisé des blagues. J'ai improvisé ma dernière réplique. Dans le script, c'était : "On a oublié d'éteindre mon programme." J'ai pris un air sérieux. et j'ai dit : Je suis docteur, pas lampe de chevet." Ils ont tous éclaté de rire, et sur ce, je suis sorti. Quelques heures plus tard, j'étais engagé.
 

 

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Je m'appelle Robert Picardo, et pour les fans, ça rappelle un personnage connu de tous qui porte un peu le même nom. Il ne faut rien lire de particulier dans cette coïïïncidence. Mais j'aime à penser que si les producteurs ont pensé à moi, c'est parce qu'un jour, ils étaient tous à se lamenter qu'ils ne trouveraient jamais un autre Picard. "On ne trouvera jamais un autre Picard", et là, "Une minute... 'Picardo' !" Mais ce n'est qu'une théorie.
 

 

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docteur31 Le docteur était un personnage brut dans l'épisode pilote. J'y suis allé au culot, ne sachant pas trop ce que je faisais. Je n'avais pas bien saisi. Ce n'est que dans le 3ème épisode, lorsque Kes vient demander au docteur des échantillons de sol et que le docteur se lance dans une tirade dans laquelle il dit qu'il n'a été conçu que pour les urgences médicales et que maintenant qu'au moindre besoin médical ou scientifique on s'adresse à lui, il va être obligé de faire des choses humiliantes. Il est la somme de toutes les connaissances de la médecine du 24ème siècle. Il possède cette immense connaissance, et pourtant n'importe quel idiot peut l'éteindre comme on éteint la lumière. Ca m'énerverait. Et ça énervait le docteur. Ca le rendait furieux et ça a été ma première piste. Il est blessé dans son amour-propre, car il a été conçu pour autre chose. Je me souviens que Rick Berman m'avait prédit que ce personnage aurait beaucoup de succès. Aucun épisode n'avait été diffusé, on n'en avait tourné que trois. Mais apparemment, ils avaient vu le potentiel du personnage et voulaient intégrer de l'humour dans mon interprétation. Tout cela les inspirait au jour le jour. Le personnage leur donnait des idées de scénario et de répliques comiques à lui faire dire, répliques allant dans le sens de l'acteur qu'ils avaient engagé. C'est ça qui était formidable avec le docteur. Vu qu'il était comme une page vierge, j'avais le sentiment de contribuer au processus créatif des scénaristes. Je leur posais des questions, je leur faisais des suggestions. Sa passion pour l'opéra, par exemple. Les fans me demandent souvent si c'est moi qui chante, et le fait est que c'est bien moi... Presque toujours.
 

 

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robertpicardo20010330
 
 
 
Je suis le premier acteur à avoir figuré au générique comme coscénariste. Il s'agissait d'un épisode intitulé "Ligne de vie", C'était un épisode sur les relations père/fils. C'est l'hiqtoire de la rencontre du docteur et de son créateur, l'ingénieur à l'origine de son programme. Mais on retrouve les mêmes problèmes entre le créateur de mon programme et son fils "holographique" qu'entre un père et son enfant. Du point de vue de l'enfant : "Pourquoi ne m'aimes-tu pas ? Pourquoi n'es tu pas fier de moi ?" Et le père répond : "Tu n'es pas ce que j'espérais." Ils finissent par se comprendre. L'épisode est très réussi, je trouve. Je joue bien sûr le rôle du docteur et celui de son programmateur. J'ai donc eu la chance de travailler avec un acteur que j'admire beaucoup.
 

 

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robertpicardo20031104 Je me rappelle quand Kes est partie. J'étais triste de voir notre noyau se briser, parce qu'on faisait tous partie de l'équipe depuis le début et que j'étais triste de voir Jennifer partir. Mais c'était avec Kes que le docteur avait ses moments les plus intimes. Il pouvait se confier à elle. C'était son mentor, elle lui apprenait à être plus humain. Je suis allé voir Brannon et lui ai dit : "Le docteur n'a plus personne avec qui il peut se laisser aller. "Il risque de redevenir un moulin à paroles prétentieux "s'il n'a personne à qui montrer cet autre aspect de sa personnalité." Il m'a dit de réfléchir à la relation que je pourrais avoir avec Seven, une relation différente. J'y ai donc réfléchi et j'ai proposé d'inverser les rôles par rapport à la relation que j'avais avec Kes. J'ai donc suggéré l'idée des leçons de savoir-vivre que l'on avait de temps en temps. Comment se comporter dans telle ou telle situation et, finalement, lors d'un rendez-vous amoureux. Et là bien sûr, le docteur tombe amoureux. L'épisode dramatique que je préfère, c'est "lmage latente", parce qu'il se distingue du reste. Il a été écrit par Joe Menosky, un scénariste formidable, selon moi. Il m'a parlé du scipt en disant : "Je travaille sur une histoire où le docteur découvre qu'il a une âme." J'ai dit : "Comment ça ?" "Le docteur est forcé de faire un choix impossible." En choisissant l'un des patients, il condamne l'autre et il n'arrive pas à gérer le fait qu'il ait condamné un membre d'équipage à mort, simplement en sauvant celui qu'il connaissait le mieux. C'était très bien écrit. Il y avait une scène dans le mess dans laquelle je me mettais à bavarder avec Neelix, et soudain, ce n'était plus à lui que je parlais. J'étais en proie à une lutte intérieure. Je revivais constamment le moment de ce choix. "Pourquoi ai-je agi ainsi ? Comment ai-je pu causer cela ? "Comment vivre en sachant ce que j'ai fait ?" C'est la scène la plus dramatique que j'ai eue dans la série.
 

 

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Depuis Voyager, les rôles dont je suis le plus fier sont mes rôles au théâtre. J'ai fait deux comédies musicales en un an et demi. J'ai eu le rôle principal d'une pièce qui avait fait Broadway l'année précédente, une pièce intitulée A Class Act. J'y jouais le rôle d'Ed Kleban, un compositeur névrosé qui avait gagné le prix Pulitzer dans les années 70 pour les paroles des chansons de A Chorus Line. A côté de ça, j'ai fait On the 20th Century, une autre comédie musicale faisant partie d'un cycle sur les spectacles de Broadway appelé Reprise Broadway. J'ai été nominé pour l'oscar du meilleur acteur de comédie musicale. Le souvenir que j'aimerais laisser, personnellement, c'est que mon personnage, le docteur, est un personnage tragicomique de Star Trek. Une semaine, il fait rire tout le monde par ses facéties, la semaine suivante, c'est un personnage tragique, très cru et très réaliste. C'est un personnage qui évolue dans un sens comme dans l'autre. C'est sans doute ce dont je suis le plus fier, le fait qu'il soit aussi à l'aise dans le tragique que dans le comique. Je crois que c'est ce qui le rendait sympathique. Et enfin... J'aimerais qu'on se souvienne de moi... aux côtés de Patrick Stewart, comme l'un des maillons de la chaîne des handicapés capillaires vus dans les bras de belles femmes.
 

 

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Cet article est la retranscription d'un bonus du coffret DVD Voyager Saison 7